23.08.2015

Le nucléaire, une filière d'avenir

Arabelle
Publié par Sébastien Picand et Martin Toulemonde

La SFEN Jeune Génération a rencontré Vincent Jourdain, Directeur des programmes R&D sur les turbines à vapeur nucléaires chez Alstom, pour découvrir l'histoire de ce groupe, depuis la construction du parc français jusqu'à ses enjeux actuels et futurs.

 

Comment êtes-vous arrivé dans l’industrie nucléaire ?

J’ai rejoint l’industrie de l’énergie nucléaire à la sortie de l’Ecole ENSEM, à Nancy. À cette époque, en 1985, les jeunes diplômés avaient la possibilité d’effectuer leur service national obligatoire comme un service civil en  Coopération dans un pays étranger, et j’ai souhaité en bénéficier.

Nous étions au milieu des grands programmes français de l’énergie nucléaire lancés une dizaine d’années avant. Intéressé par la géologie et la géophysique, je me suis tourné vers COGEMA qui m’a envoyé en mission en tant que radioélectronicien* sur un site de prospection d’uranium au Sénégal puis d’exploitation d’une mine d’uranium au Niger, au milieu du Sahara.

* Spécialiste en radioélectricité, transmission de messages à l'aide des ondes électromagnétiques

 

A cette époque, comment était perçu le nucléaire?

Le nucléaire était alors en pleine force, en France et dans le monde. Le programme nucléaire français avait connu une accélération avec le premier choc pétrolier au début des années 1970, qui a conforté le gouvernement dans sa recherche de l’indépendance énergétique.

C’était l’époque du fameux slogan « En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées » qui a marqué le public. L’opinion soutenait largement cette stratégie énergétique.

 

Pourquoi avez-vous rejoint Alstom ?

En 1987, à la fin de ma mission en Coopération, je cherchais un emploi tourné vers l’international avec des possibilités de séjours à l’étranger. Alstom m’a proposé cela et m’a rapidement confié la responsabilité de mettre en service les turbines à vapeur de centrales thermiques à Cuba, en Corée du Sud et en Égypte notamment.

Depuis, j’ai évolué toujours chez Alstom : thermodynamique, ventes, marketing, et aujourd’hui Recherche et Développement.

 

Quel rôle a joué ce géant industriel dans l’épopée du nucléaire français, aux côtés d’EDF et d’AREVA ?

Alstom et la CEM (Compagnie Électro-Mécanique) ont fusionné en 1983, offrant à EDF la possibilité d’un parc uniforme pour les équipements principaux des salles des machines des centrales électronucléaires françaises. Pour le nouveau groupe, le but de cette fusion était d’avoir plus de moyens industriels, de renforcer l’offre produit et les capacités technologiques.

Aujourd’hui, même si nous nous sommes internationalisés auprès d’autres clients et d’autres fournisseurs de réacteurs, nous continuons d’accompagner le nucléaire français, en France et à l’étranger, toujours aux côtés d’EDF et d’AREVA. Notre objectif est toujours de proposer la meilleure offre technologique adaptée à tous les types de réacteurs.

Nous sommes aussi en relation permanente avec EDF, avec qui nous faisons un bilan régulier des performances opérationnelles de nos machines et de nos services, ce qui nous permet de les améliorer en permanence.

 

Quel avenir voyez-vous pour la filière nucléaire ?

Plusieurs enjeux et défis entrent en jeu dans le développement des politiques énergétiques. Les grandes problématiques d’aujourd’hui sont la recherche d’un meilleur rendement de production pour réduire la pression sur les ressources naturelles, la réduction de notre impact sur l’environnement avec en particulier l’émission de gaz à effet de serre et l’apport d’une électricité fiable à bas coût pour permettre le meilleur développement humain.

L’énergie nucléaire fait partie de la réponse : elle ne produit pas de gaz à effet de serre, offre une des électricités les plus compétitives du marché et sait faire preuve de flexibilité : elle complète les énergies intermittentes en stabilisant le réseau. Je suis convaincu que le nucléaire continuera de faire partie du paysage énergétique de nombreux pays, dont la France bien sûr. En Chine, le marché est en pleine expansion grâce à la demande croissante en électricité de son industrie et de sa population conjuguée à une problématique sévère de pollution. En Russie aussi qui construit ses réacteurs VVER sur son territoire et à l’extérieur. De nombreux autres pays investissent à leur tour dans des centrales nucléaires : le Royaume Uni, l’Inde, l’Afrique du Sud, la Hongrie, etc.

 

Quels sont les grands enjeux d’Alstom dans les années à venir ?

Ce sont ceux de nos clients ! Nous sommes en contact avec eux pour adapter au mieux notre offre et l’améliorer pour répondre à leurs demandes et leurs attentes. Nous nous devons d’investir dans des solutions qui réduisent les coûts d’installation, qui garantissent une bonne maitrise des délais de construction et qui apportent toujours plus de sécurité.

Alstom se doit d’être prêt à répondre aux futurs réacteurs avec une technologie adaptée à leurs besoins. Par exemple, nous travaillons avec le CEA à définir les systèmes de conversion d’énergie du futur pour des réacteurs à neutrons rapides refroidis au sodium, qui pourraient dans quelques décennies constituer une amélioration durable de l’exploitation de l’uranium électronucléaire. Nous nous intéressons aux divers programmes de petits réacteurs modulaires (SMR dans l’acronyme anglais) qui pourraient aussi faire partie du paysage futur.

Alstom est déjà impliqué dans le programme ITER, qui ambitionne de réaliser avec la fusion nucléaire l’accès à une énergie propre et pour ainsi dire illimitée.

 

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui sont tentés par une carrière dans le nucléaire ?

Je commencerais tout d’abord par leur dire que je trouve que c’est un excellent choix de carrière . Le nucléaire est une industrie qui répond à un des besoins fondamentaux des sociétés : l’électricité, propre et abondante. L’International Energy Agency (IEA) a appelé à une augmentation de l’utilisation du nucléaire dans la production d’électricité pour limiter à long terme le réchauffement de la planète à 2°C. L’énergie nucléaire et l’industrie associée ont donc un rôle clé à jouer, aujourd’hui et demain. De plus, pour qui se sent une âme d’ingénieur ce secteur propose des problématiques et des opportunités passionnantes tous les jours.

Côté CV et expérience, j’insisterais sur le besoin d’ouverture dont il faut faire preuve. Les marchés sont internationaux et pas seulement français. Cultivez votre connaissance des langues et cultures étrangères ! Travailler efficacement en anglais est aujourd’hui une nécessité et d’autres langues comme le russe ou le chinois sont un véritable atout pour comprendre nos clients et partenaires. Au quotidien, nous travaillons avec des Français, des Chinois, des Russes, des Indiens… Vous serez étonné combien un minimum d’effort permet de mieux comprendre et de mieux être accepté par des partenaires de cultures différentes.

Enfin, j’entends régulièrement le conseil de « changer souvent de boite ». J’ai intégré Alstom en 87 et je ne l’ai plus quitté. Plus que de changer souvent d’entreprise, je conseillerais d’en trouver une qui nous plaise, dont les valeurs sont similaires aux nôtres. Et dans un  groupe assez diversifié, il ne faut jamais hésiter à évoluer dans d’autres fonctions pour enrichir son expérience et varier ses plaisirs. J’ai eu cette chance avec Alstom.

 

Copyright photo - PETIT JEAN LUC, EDF