15.11.2016

Etat de New York : vers un marché pour les énergies bas carbone

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Par Boris Le Ngoc (SFEN)

En l’absence d’un prix du carbone suffisamment élevé permettant de dissuader les investissements dans les énergies carbonées, plusieurs Etats américains prennent les devants et mettent en place des outils permettant de soutenir ou de préserver les capacités de production d’énergie bas carbone. L’essor d’un nouveau mécanisme dans l’Etat de New York, le Clean Energy Standard, pourrait marquer un précédent et inspirer d’autres Etats comme l’Illinois.  

Réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) n’est pas une tâche facile dans un marché de l’électricité où les prix sont tirés vers le bas, affectés par l’essor du gaz de schiste.

Volontariste sur le plan du climat, l’Etat de New York – qui souhaite diviser ses émissions de GES de 40 % en 2030 par rapport à leur niveau de 1990 – mise sur le développement massif des énergies renouvelables (essentiellement hydraulique, éolien et solaire pour qu’elles représentent 50 % de la production d’électricité à cet horizon) et le soutien au nucléaire existant.

Si les centrales avaient fermé, la production d’électricité aurait été assuré par des centrales à énergie fossile émettrices de CO2.

Concurrencées par le gaz de schiste (énergie émettrice de GES), trois centrales de l’Etat étaient menacées de fermeture : Ginna, Nine Mile Point et Fitzpatrick. De l’aveux même d’Audrey Zibelman, présidente de la Commission du service public de l’Etat de New York (laquelle a piloté le déploiement du Clean Energy Standard), ces fermetures auraient ruiné les efforts de réduction de GES de l’Etat : « Si les centrales devaient fermer du jour au lendemain, les émissions de CO2 de l’État augmenteraient de plus de 31 millions de tonnes dans les deux ans. (…) Nous serions dans l’impossibilité de remplacer ces réacteurs s’ils devaient fermer et la production d’électricité serait alors très probablement assurée par des centrales à énergie fossile émettrices de CO2 ».

Face à ce constat, les autorités ont pris la décision, pragmatique, de développer un outil permettant de sauvegarder les sources bas carbone existantes : les centrales nucléaires.

Le Clean Energy Standard

Le Clean Energy Standard mis en place cet été dans l’Etat de New York comporte deux volets. Le premier s’intéresse aux énergies renouvelables (renewable energy credit) et le second, plus original, assure un soutien au nucléaire (zero emission credit). Dans le second cas, le Clean Energy Standard prévoit un soutien financier 965 millions de dollars (860 millions d’euros) aux trois centrales nucléaires en difficulté citées précédemment.

Comment ce mécanisme fonctionne-t-il concrètement ? Tant que l’Etat n’a pas atteint un certain prix de marché, le nucléaire bénéficie d’un soutien, correspondant environ à une vingtaine de dollars par mégawattheure.

Ce mécanisme reconnait explicitement la contribution du nucléaire comme source d’énergie bas carbone. Rassuré sur l’avenir de ces installations, l’exploitant Exelon a d’ailleurs décidé d’investir 200 millions de dollars (178 M€) dans ses centrales de Ginna et Nine Mile Point d’ici le printemps 2017. Certaines entreprises contestent la légalité de la mesure. Une délibération interviendra prochainement. 

Dans l'Illinois, deux autres installations elles-aussi confrontées à la concurrence des prix du gaz, Quad Cities et Clinton, pourraient bénéficier d’un mécanisme analogue à celui développé dans l’Etat de New York. Des discussions sont en cours entre Exelon et la puissance publique. L’issue sera connue en fin d’année.

 

 
LES BENEFICES DU MAINTIEN DE LA CAPACITE NUCLEAIRE
L’Etat de New York a évalué les bénéfices économiques et environnementaux du maintien en exploitation des centrales nucléaires à 5 milliards de dollars sur les deux premières années, soit un bénéfice net supérieur à 4 Mds$, si l’on déduit les 965 M$ de soutiens.
 

Le prix CO2 reste l’outil le plus efficace et équitable

La multiplication des mécanismes ad hoc, adaptés en fonction du système que l’on souhaite avantager (renouvelables, nucléaire, etc.), est une usine à gaz qui ne permet pas de réduire efficacement les émissions. 

Il est essentiel de réévaluer à son juste prix le coût du carbone. Un prix élevé du CO2 est la seule métrique permettant d’évaluer de manière équitable l’ensemble des solutions technologiques à l’aune de leurs émissions et donc de lutter efficacement contre le changement climatique. 
 

Crédit photo : Branstrom Sophie - EDF