20.02.2017

Elargir le champ de l’électricité bas carbone pour réussir la transition énergétique

Elargir le champ de l’électricité bas carbone pour réussir la transition énergétique
Par la SFEN

Dans les années 70, en substituant l’énergie nucléaire aux énergies fossiles pour produire son électricité, la France est devenue l’un des rares pays à avoir réussi à décarboner efficacement son électricité[1]. Face à l’urgence climatique qui appelle à réduire massivement les émissions de gaz à effet de serre, la plupart des pays cherchent en priorité à réduire la quantité de CO2 produit par leur système électrique. Fort de son système électrique mature, performant et bas carbone, l’Hexagone peut sortir des énergies fossiles et décarboner d’autres secteurs. L’électricité est un atout pour réussir la transition énergétique.

Aujourd’hui, les avancées technologiques permettent d’engager une nouvelle vague de substitution des énergies fossiles par de l’électricité bas carbone dans les secteurs qui restent largement émetteurs de gaz à effet de serre : le transport et l’habitat.

La France pourra ainsi inspirer un nouveau modèle de transition énergétique source de croissance économique, à même de renforcer son indépendance énergétique et de contribuer au rééquilibrage de sa balance commerciale[2].

Comment faire

MOBILITE : SOUTENIR LE DEVELOPPEMENT DE LA VOITURE ELECTRIQUE

En France, le secteur du transport représente 29 % des émissions de CO2 et celles-ci continuent d’augmenter[3].

Dans un pays comme la France où le mix électrique est déjà décarboné, le remplacement des voitures thermiques par des voitures électriques permettrait de réduire significativement les émissions de CO2. Bloomberg[4] place la France en tête des pays où il est le plus intéressant de développer la voiture électrique compte tenu de la très faible intensité carbone de son mix, loin devant l’Allemagne.

Par ailleurs, le développement de l’électromobilité permet de lutter contre la pollution atmosphérique, les véhicules électriques n’émettant pas de gaz de combustion ni de particules fines.

Fixer un objectif de 45 % de véhicules électriques et hybrides rechargeables à l’horizon 2050. Selon l’Alliance ANCRE qui regroupe les principaux organismes de recherche sur l’énergie en France [5], cette évolution, associée à une meilleure performance des moteurs thermiques, permettrait de diviser par cinq la demande en produits pétroliers et de réduire les émissions de CO2 ainsi que la pollution de l’air. Dans cette perspective, disposer d’un parc électrique bas carbone et compétitif, associant nucléaire et renouvelables, sera indispensable.

Réaliser l’engagement d’installer 7 millions de points de recharges d’ici à 2030[6]. L’autonomie des batteries demeure un obstacle sociologique important à l’acquisition d’un véhicule électrique. L’installation de bornes de recharge rapide sur les grands axes routiers ainsi que le développement d’une filière nationale, ou à défaut européenne, de batteries doivent permettre de rendre la mobilité électrique accessible à tous.

Maintenir les aides publiques pour l’achat d’un véhicule électrique jusqu’à ce que la technologie devienne compétitive. Dès 2020, le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC) estime que le coût d'achat et d'utilisation d'une voiture électrique deviendra inférieur à celui d'une voiture thermique. D’ici là, la puissance publique doit continuer de soutenir le développement de ces véhicules via des bonus écologiques et le développement d’une fiscalité écologique permettant, comme la contribution climat énergie, de favoriser les technologies bas carbone.

Valoriser l’apport des véhicules électriques dans la consolidation d’un système électrique intelligent. A court terme, l’électrification du parc automobile pourra contribuer à équilibrer le système électrique en lissant la courbe de demande grâce à des recharges pendant les heures creuses et contribuera à stocker l’électricité. Dans ces derniers travaux, l’ANCRE estime que les véhicules électriques pourraient représenter 35 % des capacités de stockage à 2050.

LOGEMENT : INSCRIRE LA REDUCTION DES EMISSIONS DE CO2 COMME OBJECTIF PRIORITAIRE DE LA REGLEMENTATION THERMIQUE 2018

Pour respecter la stratégie nationale bas carbone (SNBC) de diminution de 87 % des émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2050 dans l’habitat-tertiaire, les bâtiments, qui représentent 19 % des émissions de CO2, devront progresser en efficacité énergétique et réduire leur consommation d’énergies fossiles.

Ces dernières années, la réglementation thermique (RT 2012) a favorisé le développement des énergies fossiles dans le logement neuf ainsi que dans la rénovation[7] au détriment de l’électricité bas carbone. La part des énergies fossiles (gaz naturel, GPL, fioul) n’a cessé de croître sur l’ensemble de la construction neuve passant de 25 % à 61 % entre 2008 et 2014[8].

Saisir une instance tierce (Cours des comptes, France Stratégie par exemple) pour obtenir un audit détaillé de l’impact de la RT 2012 sur les émissions de CO2 et les importations de gaz naturel. Alors que les discussions sont en cours pour définir les contours de la RT 2018, une évaluation coût/efficacité de la précédente réglementation intégrant un prix du carbone cohérent avec la trajectoire fixé par la loi (de 22€/tCO2 en 2016 à 100€/tCO2 en 2030) est nécessaire pour inclure le retour d’expérience avant de concevoir la nouvelle réglementation.

Inscrire dans la RT 2018 un objectif prioritaire de plafonnement des émissions de gaz à effet de serre par m² et par an cohérent avec la SNBC. Pour atteindre les objectifs de la SNBC en matière de réduction des émissions de CO2, les nouveaux logements devront émettre au plus 3 kgCO2/m²/an en phase d’usage[9].

Pour l’élaboration de la RT 2018, mettre en place un groupe de travail chargé d’évaluer les différentes méthodologies de calcul de manière transparente. L’actuelle réglementation repose sur un calcul de la performance énergétique fondé sur un critère d’énergie primaire. En 2013, le Conseil d’Etat, la Commission Consultative d’Evaluation des Normes (CCEN) et l’Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPESCT) avaient contesté l’actuelle méthode de calcul, sans être entendus. Des débats doivent être réengagés pour repenser la méthodologie de calcul au regard de l’objectif prioritaire de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Lisser la pointe de consommation en développant les capacités d’effacement du chauffage électrique. Le développement des compteurs intelligents, associé aux dernières générations de chauffages électriques, permettra aux utilisateurs d’adapter leur consommation, y compris lors des pics de consommation. La programmation des chauffe-eaux électriques apporte déjà de la flexibilité au système électrique en favorisant une consommation pendant les heures creuses de la nuit et un stockage sous forme de chaleur.

VALORISER TOUT LE POTENTIEL DE LA TECHNOLOGIE NUCLEAIRE DANS DE FUTURES APPLICATIONS

Le nucléaire offre de multiples possibilités en plus de la production d’électricité. A l’avenir, il pourrait participer, comme les énergies renouvelables, à l’alimentation de réseaux de chaleur ou à des applications de « power to gas ».

A mesure que les infrastructures se développeront et que les modèles économiques le permettront, se tenir prêt à développer :

  • la production de chaleur à partir des futurs réacteurs nucléaires, éventuellement dédiés. La loi sur la transition énergétique ambitionne de développer les réseaux de chaleur en multipliant par cinq les quantités livrées d'origine renouvelable ou de récupération d'ici 2030. Par ailleurs, de nombreux industriels ont besoin de chaleur haute température pour alimenter leurs outils de production.
  • les applications « power to gas » de l’électricité nucléaire. Le principe du « power to gas » repose sur la valorisation de la surproduction des énergies renouvelables grâce à leur transformation en hydrogène ou en méthane de synthèse. A l’avenir, ce principe pourrait aussi être appliqué au nucléaire pendant les heures creuses.

 

 
 

 

1.

En France, 94 % de l’électricité est bas carbone (RTE, 2015)

2.

La France importe la quasi-totalité des hydrocarbures qu’elle consomme dans les transports et l’habitat-tertiaire : en 2014, la France a dépensé 54,6 milliards d’euros pour s’alimenter en gaz et pétrole. (MEDDE)

3.

+10 % depuis 1990, « Le véhicule propre au secours du climat », France Stratégie (2016)

4.

Bloomberg New Energy Finance (2016)

5.

ANCRE, “Scénario ELE de l’ANCRE , Rapport 2013

6.

Loi sur la transition énergétique (2014)

7.

Dans la rénovation des logements, les énergies fossiles remplacent progressivement l’électricité.

8.

BatiEtude (2015)

9.

Equilibre des énergies (2015)