01.08.2017

Climat : peut-on encore se passer du nucléaire ?

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Par Boris Le Ngoc (SFEN)

Tous les signaux sont au rouge. De l’avis de nombreux scientifiques, la situation est de plus en plus pressante sur le plan climatique. La fermeture anticipée de réacteurs nucléaires et l’arrêt de chantiers AP1000, des modes de production propres, assombrissent un peu plus le tableau. 

Le compte à rebours climatique a commencé 

Dans un article publié dans les colonnes de la prestigieuse revue Nature, Christiana Figueres (ex-secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies) et plusieurs scientifiques alertent sur l’urgence climatique. Selon leurs calculs, la communauté internationale n’aurait plus que trois ans pour réduire massivement les émissions de CO2, au-delà le changement sera irréversible.

Une autre étude, publiée par Nature Climate Change, ajoute que le « budget carbone » - quantité de CO2 qu’il est encore possible d’émettre avant que le réchauffement ne devienne irréversible -, sera épuisé dans une vingtaine d’années si notre consommation d’énergies fossiles reste au niveau actuel.

Face à ce constat, les auteurs de l’étude estiment que le monde n’a que 5 % de chance de réussir à contenir le réchauffement climatique en-deçà des 2°C et 1 % pour le limiter à 1,5°C, objectif fixé par la COP21. « Notre analyse montre que les scénarios les plus optimistes qui atteignent les objectifs climatiques sont improbables », a déclaré le statisticien Adrian Raftery de l'Université de Washington, signataire de l’étude publiée par Nature Climate Change.

Le monde n’a que 5 % de chance de réussir à contenir le réchauffement climatique en-deçà des 2°C

Les énergies fossiles continuent de dominer le monde de l’énergie

En effet, en dépit de la prise de conscience générale, du volontarisme politique et de la montée en puissance des nouvelles technologies, le passage vers un monde bas carbone prend du temps. Trop de temps au regard de l’urgence climatique dont les échéances sont de plus en plus pressantes.

Si les renouvelables battent chaque année de nouveaux records de capacité installée – et c’est une bonne chose -, cette montée en puissance ne parvient pas à renverser la part des énergies fossiles, toujours dominantes dans tous les segments du mix énergétique : charbon dans l’électricité, pétrole dans le transport...

Cette difficulté à changer de modèle s’illustre outre-Rhin. Engagée dans une vaste transition énergétique depuis le début des années 2010, l’Allemagne continue d’avoir un taux d’émissions de CO2 comparable à celui d’un des plus gros émetteurs de la planète (les Etats-Unis) : près de 500 g de CO2 par kilowattheure. A l’inverse, la France avec son mix électrique 94 % bas carbone et un taux d’émissions de 40gCO2/kWh est en ligne avec les objectifs de la COP21.

Les renouvelables seuls ne suffiront pas

Des climatologues de renom ont pointé les limites des scénarios reposant exclusivement sur l’utilisation des énergies renouvelables. Selon eux, impossible de rester sous la barre des 2°C sans utiliser toutes les technologies bas carbone disponibles aujourd’hui comme le nucléaire.

Même son de cloche du côté de l’Agence internationale de l’énergie qui s’inquiète que les progrès technologiques des énergies renouvelables n’arrivent pas suffisamment vite pour respecter la trajectoire des 2°C.

Le développement des renouvelables n’est pas non plus infini. Dans son rapport The Growing Role of Minerals and Metals for A Low-Carbon Future, la Banque mondiale souligne que leur utilisation nécessite « significativement plus » de minerais et métaux que les systèmes d'alimentation en énergie traditionnels. Pour le stockage (une des options importantes pour palier la variabilité des ENR), les besoins en métaux pourraient être multipliés par plus de 1 000 % si les pays prennent les mesures nécessaires pour maintenir les températures à ou en deçà de 2° C.

 

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L’arrêt anticipé de réacteurs : « une menace majeure » selon l’AIE

Dans son rapport Energy Technology Perspectives 2017, l’Agence internationale de l’énergie s’inquiète que certaines solutions technologiques ne soient pas davantage mise en avant : « De nombreuses technologies clés pour la réalisation du 2°C n'ont pas été reconnues dans les engagements nationaux pris à la COP21 (INDC) ».

L’AIE plaide ainsi pour que l’énergie nucléaire soit de nouveau inclus dans les programmes de transition énergétique.

L’AIE plaide ainsi pour que l’énergie nucléaire soit de nouveau inclus dans les programmes de transition énergétique. L’agence souhaite également que l’atome bénéficie d’un soutien politique « clair et cohérent » pouvant permettre de continuer l’exploitation des centrales existantes et la construction de nouvelles installations.

Dans ce contexte, la fermeture anticipée de centrales nucléaires pouvant continuer à produire une électricité sans CO2 est une mauvaise nouvelle. L’AIE qualifie même ces décisions de « menaces majeures » pour atteindre l’objectif des 2°C. De la même manière, aucun défenseur du climat ne peut considérer comme une avancée l’arrêt des chantiers AP1000 en Caroline du Sud (Etats-Unis) qui auraient permis de remplacer les centrales à charbon de l’Etat.