Qu'appelle-t-on un réacteur de "quatrième
génération" ?
Le renouvellement des réacteurs actuellement en fonctionnement
dans le monde –réacteurs dits de seconde génération-
a tout d’abord provoqué le développement de réacteurs
dits de troisième génération. Ces derniers ont
parmi leurs atouts, celui de dériver directement de la génération
précédente (on parle de modèles "évolutionnaires")
et donc de pouvoir être mis en oeuvre dès que la demande
en est exprimée. C’est typiquement le cas de l’EPR
qui vient d’être commandé par la Finlande.
Mais la technologie nucléaire est encore jeune, elle peut
donc encore s'améliorer, si on se donne davantage de temps
; on peut aussi viser de nouveaux objectifs tels que l'obtention
de gaz à haute température pouvant être utilisés
dans certaines réactions chimiques ou la mise en œuvre
pour la production d'électricité de la fission des
deux isotopes de l'uranium dans ce que l'on appelle la surgénération
; on peut aussi chercher à concevoir des réacteurs
de puissance inférieure à celle des réacteurs
actuels qui seraient ainsi plus adaptés aux marchés
des petits pays. Dans tous les cas on cherchera à améliorer
encore la sûreté, la fiabilité et si possible
l'économie de ces nouveaux réacteurs.
C'est dans cette optique, et pour susciter, et coordonner à
l'échelle internationale, davantage de recherches sur les
réacteurs du futur, qu'a été lancé le
concept de la Génération IV. La première initiative
est venue des Etats-Unis, mais le Forum International Génération
IV, créé à l’initiative des USA, regroupe
actuellement dix pays. Parallèlement l’Inpro (Initiative
Project on Innovative Nuclear Reactors and Fuel Cycles) a été
lancé par l’AIEA pour définir les critères
auxquels devront répondre les systèmes du futur. Le
réseau Michelangelo a produit des propositions très
précises sur la stratégie de recherche à mettre
en place en Europe pour soutenir les approches innovantes à
vocation industrielle. Le réseau HTR-TN met en oeuvre une
telle stratégie pour le développement de la technologie
des réacteurs à haute température. La France
participe activement à tous ces programmes.
Les grands objectifs fixés pour les systèmes Generation
IV sont les suivants :
1. Aptitude au développement durable,
2. Compétitivité économique,
3. Sûreté et fiabilité,
4. Résistance à la prolifération et protection
physique.
Les six concepts de réacteurs Generation IV actuellement
sélectionnés par le Forum International sont les suivants
:
1. VHTR (Very High Temperature Reactor) : réacteurs à
neutrons thermiques de petite taille, refroidis à l’hélium
à très haute température (1000/1200 °C),
dédiés à la production d’hydrogène
ou à la cogénération hydrogène-électricité.
2. GFR (Gas-cooled Fast Reactor) : réacteurs à neutrons
rapides de petite taille, refroidis à l'hélium, surgénérateurs
3. SFR (Sodium-cooled Fast Reactor) : réacteurs à
neutrons rapides, refroidis au sodium, surgénérateurs.
Deux options sont développées : puissance unitaire
de 150 à 500 MWe d’une part, de 500 à 1200 MWe
d’autre part.
4. SCWR (SuperCritical Water-cooled Reactor) : réacteurs
à eau supercritique de grande puissance. Deux versions sont
développées, l'une à neutrons thermiques, l'autre
à neutrons rapides.
5. LFR (Lead-cooled Fast Reactor) : réacteurs à neutrons
rapides refroidis au plomb (ou alliage eutectique PbBi), surgénérateurs.
De nombreuses variantes quant à la puissance unitaire sont
envisagées, de 50 à 1200 MWe.
6. MSR (Molten Salt Reactor) : réacteurs de petite taille
à neutrons épithermiques, utilisant le sel fondu à
la fois comme combustible et comme caloporteur.
De tous ces concepts, seul le VHTR propose dans sa version de base,
un cycle de combustible ouvert, les cinq autres concepts visant
prioritairement un développement énergétique
durable avec recyclage du combustible.
La validation de ces concepts demandera du temps : la décennie
2030 est généralement reconnue comme celle de la réalisation
de prototype(s). Celle de la mise en oeuvre à l’echelle
industrielle est plus éloignée encore ; c'est ainsi
que le « Livre Blanc sur les Energies » estime que ces
réacteurs de la génération IV ne seront pas
disponibles pour un déploiement industriel avant 2040.
NB : le lecteur reconnaîtra dans la
filière SFR (n°3) celle qui a été développée
en France à travers Rapsodie, Phénix et Superphénix.
L'arrêt prématuré et intempestif de Superphénix
a malheureusement fait perdre à notre pays l'avance qu'il
avait acquise sur la voie de cette filière Génération
IV.
|