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Un entretien avec Jean-Pierre SALITOT, opérateur
au CNPE de Paluel
Entré à EDF il y a dix ans, Jean-Pierre Salitot est opérateur à
la centrale nucléaire de Paluel, sur la tranche 2. Cela signifie
qu'au sein de l'équipe de quart - composée de huit personnes et
d'un chef d'exploitation - il est chargé du pilotage de la tranche,
tâche qu'il assume en "binôme" avec un collègue. Il travaille sous
le régime des 3x8. Première exigence requise : une vigilance permanente
pour contrôler tous les paramètres de fonctionnement, veiller à
la sûreté et ajuster la puissance de la tranche aux objectifs de
la production.
RGN :
Vous êtes opérateur.
Combien d'opérateurs compte chaque équipe de quart
?
J-P Salitot : Nous sommes deux opérateurs par quart qui constituent
un binôme, l'un des deux étant chargé de la partie primaire, c'est-à-dire
tout ce qui concerne le réacteur proprement dit, et un opérateur
chargé de la partie secondaire, principalement du suivi de réseau,
du suivi de la charge, de toute la production et de l'ensemble des
auxiliaires.
A la tête de l'équipe, il y a un chef d'exploitation pour deux tranches,
un cadre technique par tranche, un chargé de consignations, et deux
opérateurs. Cette tête d'équipe est complétée, sur le terrain, par
quatre techniciens pour chaque équipe. On est donc huit plus un
chef d'exploitation pour deux tranches.
Les équipes fonctionnent en "3 x 8", comme sur l'ensemble des tranches
exploitées par EdF. Le quart du matin, c'est 6 h/13 h 45, le quart
de l'après midi, c'est 13 h 30/21 h et le quart de nuit, 20 h 45/6
h 15 avec un recouvrement d'un quart d'heure pour le passage du
relais entre les deux équipes. Le régime d'alternance est baptisé
le "3-2-2"; il consiste, pour la première semaine, en trois matins,
deux après-midi et deux nuits. La semaine suivante de quart, on
fait deux matins, trois après-midi et deux nuits et la troisième
semaine, c'est deux matins, deux après-midi et trois nuits.
"Penser d'abord aux exigences de la sûreté,
puis aux objectifs de la production".
RGN :
En quoi consiste la formation d'un opérateur
?
JP. S. : Paluel a son centre de formation avec un simulateur
qui fut le premier pour le palier P4. La formation d'un opérateur,
c'est deux semaines de simulateur par an. On bénéficie donc d'un
recyclage. Les deux semaines sont évaluées par un instructeur. En
plus de ce recyclage en tant qu'opérateur, nous sommes confrontés
également à une "mise en situation" MES, c'est-à-dire que l'on vérifie
le bon fonctionnement des relations entre le chef d'exploitation,
le cadre technique et les deux opérateurs. C'est en quelque sorte
un exercice au niveau de la structure de l'équipe
RGN :
Quel type de situation reproduit le simulateur
?
JP. S. : L'exercice comporte toujours une partie
exploitation normale, qui consiste à démarrer le réacteur, à faire
varier la puissance et à réaliser des transitoires qui sont pratiqués
quotidiennement. Mais il y a aussi une partie "incidentelle" avec
des problèmes de régulation, des problèmes pneumatiques liés par
exemple à une vanne d'air défectueuse, des problèmes hydrauliques,
des petites fuites... On aborde ensuite la phase "accidentelle"
avec les procédures de rupture de tube de générateur de vapeur (RTGV),
une brèche sur le circuit primaire (APRP), situations qui nécessitent
d'entrer dans les procédures.
Les opérateurs ne sont, bien entendu, pas prévenus et se trouvent
brutalement confrontés à une situation incidentelle ou accidentelle.
On peut ainsi évaluer le comportement, la "réactivité " non seulement
de l'opérateur, mais de l'ensemble de l'équipe devant cette situation.
Chacun a son rôle, à sa place. L'incident est simulé tantôt sur
le circuit primaire, tantôt sur les systèmes de production d'énergie
ou même sur les auxiliaires. Ceci permet de tester les différents
acteurs qui interviennent en salle de commande.
RGN :
Il
n'y a pas d'autre recyclage au cours du semestre ?
JP. S. : En fait, on dispose de deux outils de formation.
L'un d'eux, que nous appelons "OFS", est un ordinateur avec un logiciel
sur lequel sont représentés différents circuits : le circuit primaire,
l'alimentation de secours des GV (ASG) et tous les circuits de sauvegarde.
Nous disposons également du SIPACT, un gros calculateur sur lequel
on peut étudier les incidents thermohydrauliques, essentiellement
sous l'aspect des phénomènes physiques.
RGN :
Comment se passe
le temps au pupitre, plutôt calme ou très animé
?
JP. S. : Il est certain que pendant la tempête
de décembre dernier, le quart était très occupé. La tempête est
bien passée sur la centrale, qui alimentait l'Ile-de-France. La
centrale est restée accrochée sur le réseau, mais l'alternateur
nous a donné des sueurs. C'est surtout le dispatching central qui
a eu beaucoup de travail. Ils ont été très forts sur ce coup-là!
On n'a jamais eu d'accident, heureusement. Mais la vie d'un opérateur
est très occupée. On fait beaucoup de suivi de réseau. Au programme
demandé quotidiennement par le dispatching central, qui exige telle
puissance à telle heure, s'ajoutent des exigences de plus en plus
pointues du côté secondaire, production de puissance. Mais le réacteur
doit suivre ces variations et s'y adapter en anticipant surtout
les variations du xénon dans le combustible. Ceci demande déjà une
activité non négligeable. Il s'y ajoute, de façon permanente, la
conduite et le suivi des essais périodiques, les EP.
RGN :
Dans la pratique, comment
se déroule un quart ?
JP. S. : Notre temps est toujours occupé par la surveillance,
en permanence, des indicateurs de la salle de commande, le dialogue
avec les techniciens suite à la détection d'une anomalie soit sur
l'installation, soit par un signal au tableau. Il faut intervenir
sur le système concerné dans les meilleurs délais. Nous surveillons
également le comportement du cœur, y compris la répartition des
températures et du xénon dans son volume. Il faut aussi modifier
la position des grappes de commande pour rectifier le niveau de
puissance ou le faire varier à la demande.
Le suivi des essais périodiques nous prend également beaucoup de
temps pour leur lancement et leur surveillance. Il reste enfin,
en plus de la mise à jour des consignes d'exploitation, toute la
partie rédactionnelle pour tenir à jour les documents de quart.

"Surveiller en permanence les indicateurs
de la salle de commande".
Propos recueillis par Gérard TAICLET
Ce texte est extrait de la Revue Générale Nucléaire N°4/2000
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