LE MÉTIER DE DIRECTEUR DE CENTRALE N'EST PAS UN LONG FLEUVE TRANQUILLE
Un entretien avec Catherine GAUJACQ, Directeur du CNPE de Penly

Ingénieur civil de l'Ecole des Mines de Nancy, Catherine Gaujacq a été, pendant six ans, directeur du Centre nucléaire de production d'électricité de Penly, en Seine-Maritime. Elle fut la première femme dans le monde (avec Martine Griffon-Fouco au CNPE du Blayais) à être nommée à la "tête" d'une centrale nucléaire. Elle raconte ici le quotidien de son métier à Penly, une installation de deux tranches où travaillent 650 agents EDF avec la collaboration d'environ 200 intervenants extérieurs employés par les entreprises prestataires.



RGN :En quoi consiste le " métier " de directeur de centrale nucléaire ?

Catherine Gaujacq : Sa mission principale est de faire en sorte que l'ensemble des personnes qui travaillent sur chacune des unités du site respecte de façon intangible les priorités fixées. Ces priorités concernent tout d'abord bien entendu la sûreté des installations ainsi que la sécurité et la radioprotection des agents et le respect de l'environnement. Ces priorités concernent aussi la compétitivité des kilowattheures produits et la maîtrise des dépenses d'exploitation.
Mon rôle est donc de m'assurer que dans chacune des activités quotidiennes d'exploitation, de surveillance, de maintenance, ces priorités telles que je viens de les définir sont bien respectées.


RGN : Comment vous organisez-vous concrètement pour exercer cette responsabilité ?

C. G. : L'organisation mise en place, c'est celle d'un travail d'équipes... au pluriel. A mon niveau, je suis directement en charge de l'équipe de direction du CNPE où sont représentés chacun des services de la centrale. Chaque service est lui-même constitué de différentes équipes qui ont leur propre organisation, leur propre action pour concourir aux objectifs fixés.


RGN : Votre rôle est donc celui d'un coordonnateur, d'un chef d'orchestre, attentif à ce que chacun exécute bien sa partition...

C. G. : Effectivement, un directeur de CNPE* est responsable de la bonne contribution que chacune des équipes, chacun des services, apporte à la marche de l'ensemble. Et cela à partir des priorités qui ont été déterminées et à travers l'allocation et la coordination des ressources, qu'elles soient humaines ou financières. Il faut donc gérer de façon globale en ayant une vision large du fonctionnement du CNPE et il faut également s'investir de façon approfondie sur les grands aspects déterminants de nos activités. Ainsi par exemple, en ce qui concerne la sûreté, je me dois de mettre en place et de surveiller très étroitement l'organisation et les moyens qui permettent de contrôler les matières nucléaires, de garantir le respect des spécifications d'exploitation, de détecter l'apparition d'anomalies, de dysfonctionnement sur les différents matériels, d'organiser le retour d'expérience... Ce sont des tâches permanentes qui réclament de ma part un investissement quotidien.


RGN : Au-delà du rôle que vous exercez en interne, en liaison avec les équipes du site, vous êtes également le premier interlocuteur des instances, organismes, associations, personnalités extérieures à EDF qui sont concernés, à des titres divers, par le fonctionnement du CNPE...

C. G. :
Oui. En plus des liaisons constantes avec les responsables EDF du parc nucléaire au niveau national, je suis partie prenante " sur le terrain " avec de nombreux interlocuteurs : les organismes nationaux chargés du contrôle des installations nucléaires, les instances ayant des missions de surveillance et de contrôle auprès des établissements industriels, comme par exemple l'Inspection du Travail ou certains services préfectoraux. Je rencontre aussi les élus, les responsables d'associations, les représentants du monde économique. Le CNPE de Penly est un des tout premiers employeurs au niveau local et travaille avec de nombreuses entreprises. Je suis donc en relations régulières avec les industriels qui sont nos partenaires pour un large éventail de travaux conduits dans le CNPE.


RGN :Quels sont les objectifs poursuivis au quotidien ?

C. G. : La vie du CNPE est ponctuée par ces temps forts que sont les mesures des résultats enregistrés périodiquement sur les grands paramètres qui caractérisent le fonctionnement des installations : sûreté, radioprotection, impact sur l'environnement, performance de production, maîtrise des coûts... Quand on se rend compte que les efforts faits dans tous ces domaines aboutissent à des résultats en progression, c'est évidemment un très grand motif de satisfaction pour les équipes et pour la direction et c'est un encouragement à poursuivre les objectifs pour essayer de progresser encore. Il y a aussi un autre objectif duquel j'aurais beaucoup de satisfaction à m'approcher mais qui ne s'évalue pas en données chiffrées : c'est de faire du CNPE une installation non seulement ouverte sur son environnement régional mais aussi bien comprise et acceptée par la population.


RGN : Avez-vous le sentiment d'être sur la bonne voie dans ce domaine ?

C. G. :
De ce point de vue, les choses ne vont pas de soi car nos activités sont extrêmement spécialisées et mettent en jeu des notions scientifiques et techniques avec lesquelles le grand public n'est pas familier. Dès lors, réaliser la transparence sur nos activités est un exercice difficile ; cela suppose beaucoup d'efforts et d'attention pour diffuser vers l'extérieur une information qui soit tout à la fois parfaitement fidèle à la réalité et accessible aux non spécialistes. Finalement, de ce point de vue, un mot résume notre démarche ; c'est "montrer". Montrer en quoi consiste notre travail, montrer que la centrale n'est rien d'autre qu'un équipement industriel - et non pas un lieu mystérieux où l'on procède à des activités secrètes - montrer que les agents du CNPE sont des travailleurs comme les autres et qu'ils sont les premiers intéressés à ce que leur outil de production, dans lequel ils séjournent quotidiennement, offre toutes les garanties de sûreté et de bon fonctionnement... Bref, montrer la réalité sans fard de façon à permettre aux gens de se faire leur propre opinion sur l'énergie nucléaire et sur la centrale qui se trouve dans leur voisinage.

Propos recueillis par Francis Sorin


* Centre Nucléaire de Production d'Electricité.
Ce texte est extrait de la Revue Générale Nucléaire N°3/2000.