Le nucléaire et l'environnement

Quels sont les impacts d’une installation nucléaire sur son environnement ? Comment sont-ils mesurés et contrôlés ? Comment le public est-il informé ? Comment le nucléaire contribue-t-il à lutter contre le dérèglement climatique? Quelles sont les protections contre les évènements extrêmes ?... autant d’aspects abordés point par point.
 

Le nucléaire : une énergie à très faible impact environnemental

Comme toute activité industrielle, les installations nucléaires rejettent des éléments dans la nature. Etroitement tracés, contrôlés, surveillés, ces rejets sont très limités et tout est mis en œuvre pour que leur impact sur l’environnement soit quasi nul.

Ces rejets sont de différentes natures.

Les rejets radioactifs

Une centrale nucléaire émet des rejets radioactifs. Ils proviennent des circuits d’épuration et de filtration de la centrale qui collectent une partie des éléments radioactifs engendrés par le fonctionnement de l’installation (tritium, carbone 14, iode, autres produits de fission ou d’activation, gaz rares…). Triés selon leur niveau de radioactivité et leur composition chimique, ces éléments sont stockés, triés, puis rejetés sous forme liquide ou gazeuse. La règlementation fixe à l’exploitant des seuils à ne pas dépasser de manière à écarter tout risque d’augmentation significative de la radioactivité naturelle de l’environnement. Dans la pratique, les rejets des centrales sont très largement inférieurs aux seuils réglementaires.  

Les rejets thermiques

L’eau qui alimente le circuit de refroidissement des réacteurs est échauffée de quelques degrés lorsqu’elle est rejetée dans le fleuve ou dans la mer. L’augmentation de la température du milieu aquatique qui en résulte est mesurée en permanence et ne doit pas dépasser les limites réglementaires. Les études menées depuis plusieurs dizaines d’année en France montrent que les effets des rejets thermique sur la flore et la faune sont négligeables et que l’équilibre de l’écosystème aquatique à proximité des centrale n’est pas modifié. 

Les rejets chimiques

L’eau  utilisée pour refroidir la centrale doit subir différents traitements (déminéralisation, chloration) qui donnent lieu à des rejets chimiques, principalement du sodium, des chlorures et des sulfates. Ces rejets sont rigoureusement limités et contrôlés.

Quid des prélèvements d'eau ?

L’eau nécessaire au refroidissement des centrales nucléaires est directement prélevée dans la mer ou les cours d’eau. Le volume de ces prélèvements est réglementé et contrôlé. Contrairement aux idées reçues, une centrale consomme très peu d’eau. En effet, 97,5 % de l’eau prélevée est restituée à l’environnement, évaporée ou retournée dans le milieu initial, sans être polluée.

Les centrales implantées en bord de mer ou sur des fleuves à gros débit fonctionnent en circuit ouvert : l’eau, prélevée à raison de 38 à 61 m3/s, est intégralement restituée au milieu aquatique, réchauffée de quelques degrés. Lorsque le fleuve n’a pas un débit suffisant ou s’il y a plusieurs centrales rapprochées le long d’un même cours d’eau, les installations sont équipées de tours aéroréfrigérantes (on parle de circuit fermé). La quantité d’eau prélevée est alors de l’ordre de 2 m3/seconde.
 

Une surveillance de tous les instants

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Technicienne au travail dans le laboratoire de la station de demineralisation de la centrale du Blayais - copyright Eranian Philippe

L’exploitation d’une installation nucléaire est régie, en France, par un cadre réglementaire rigoureux qui intègre la mesure et la surveillance de son impact sur l’environnement.   

Les rejets et les prélèvements sont ainsi limités à des niveaux ne présentant pas de risque pour la santé des personnes et la protection de l’environnement. Ces prescriptions générales sont complétées par des décisions individuelles spécifiques à chaque installation. Exploitants, pouvoirs publics et laboratoires indépendants agréés par l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) s’assurent de la mise en œuvre  de ces dispositions et de leur efficacité.   

Avant la construction de chaque installation

Une étude d’impact est menée pour évaluer ses effets possibles sur l’environnement. Un « état zéro » établit en outre l’état radiologique du site avant le démarrage de l’installation.

Pendant la phase d’exploitation

Des mesures et des contrôles sont effectués en permanence par l’exploitant : contrôle des effluents gazeux à la sortie des cheminées, contrôle des effluents liquides avant et après rejet, détection en continu de la radioactivité ambiante et des poussières atmosphériques, surveillance mensuelle des eaux souterraines et eaux de pluie, prélèvements et analyse d’échantillons de la faune, de la flore et des productions agricoles (lait, céréales). Chaque année, chaque installation nucléaire effectue ainsi plus de 20 000 mesures de surveillance de l’environnement.

Les résultats de ces mesures quotidiennes, hebdomadaires ou mensuelles sont consignés dans des registres réglementaires que l’exploitant nucléaire transmet chaque mois à l’ASN. Celle-ci effectue en outre des inspections régulières pour vérifier la conformité du dispositif mis en place par l’exploitant avec les prescriptions réglementaires. 

Toutes les installations nucléaires sont concernées

Ces dispositions réglementaires concernent les centrales nucléaires mais aussi l’ensemble des installations du cycle du combustible : extraction du minerai, enrichissement de l’uranium, fabrication et assemblage du combustible, traitement et stockage des déchets. Ainsi, pour l’exploitation de ses mines d’uranium au Canada, en Mongolie ou au Niger, AREVA utilise des techniques spécifiques afin d’extraire le minerai tout en préservant l’environnement. De même, le stockage des déchets radioactifs se fait dans des installations conçues de manière à éviter tout risque pour la santé et pour l’environnement. 
 

Une information du public en toute transparence

La loi relative à la transparence et à la sécurité nucléaire (TSN) du 13 juin 2006 garantit le droit du public à une information fiable et accessible en matière de sûreté nucléaire et radioprotection.

Toute modification des limites de rejets et de prélèvement spécifiques à une installation est ainsi soumise à enquête publique.

Les installations doivent par ailleurs mettre la disposition du public les informations relatives aux prélèvements d’eau, aux rejets et à la surveillance de l’environnement. Chaque centrale dispose ainsi de son propre centre d’information du public. Des bilans synthétiques de la surveillance de l’environnement autour des centrales sont de plus accessibles tous les mois sur le site www.edf.com.

Chaque installation nucléaire réalise annuellement un rapport complet sur la surveillance de l’environnement (appelé rapport TSN). Ce document est mis à la disposition de la Commission Locale d’Information (CLI), des pouvoirs publics et du public.

LE RESEAU NATIONAL DE MESURE DE LA RADIOACTIVITE DE L'ENVIRONNEMENT (RNM)

Développé sous l’égide de l’ASN en collaboration avec l’IRSN depuis janvier 2009, le RNM rend accessibles au grand public comme aux professionnels, toutes les mesures réalisées par l’ensemble des acteurs (exploitants nucléaires, pouvoirs publics, associations). Ces données sont consultables sur le portail Internet : www.mesure-radioactivité.fr. En moyenne, 15 000 nouveaux résultats de mesure y sont ajoutés chaque mois.


Le nucléaire contribue à limiter le dérèglement climatique et la pollution de manière générale 

Evaluer l’impact environnemental d’une source d’énergie, ce n’est pas seulement mesurer les nuisances qu’elle provoque, mais aussi prendre en compte celles qu’elle permet d’éviter.

Pas d’émission de CO2

Pendant sa phase de production d’électricité, le nucléaire ne dégage aucun gaz à effet de serre. Et même si l’on prend en compte l’ensemble des émissions sur tout le cycle de vie du combustible, les émissions de CO2 (dioxyde de carbone) sont très faibles.

En France, sur l’ensemble du cycle industriel, chaque kilowattheure produit par une centrale nucléaire rejette autant de CO2 que les énergies renouvelables : environ 7gCO2. Contre 1 000 gCO2/kWh pour une centrale à charbon et 500 gCO2/kWh pour une centrale à gaz. (NB : les chiffres présentés dans la vidéo ci-dessous sont calculés à l’échelle mondiale et non à l’échelle hexagonale).

Depuis sa création, l’énergie nucléaire a permis d’éviter le rejet de 56 gigatonnes de CO2, soit l’équivalent de deux années d’émissions.

Energie bas carbone, le nucléaire permet à la France d’avoir des émissions de CO2 (5,5 tCO2/hab/an) inférieure à la moyenne européenne (7,5 tCO2/hab/an) et deux fois moins importantes que celles de l’Allemagne.

 
DES REACTEURS NUCLEAIRES POUR DESSALER L'EAU DE MER
Un cinquième de la population mondiale n’a pas accès à une eau potable sûre. Dans les régions les plus arides (Afrique du Nord, Moyen Orient), les unités de dessalement de l’eau de mer se multiplient.  Si la plupart d’entre elles fonctionnent aujourd’hui aux énergies fossiles, fortement émettrices de gaz à effet de serre, il s’avère que le recours à l’énergie nucléaire permet d’atteindre des coûts de production très compétitifs. Des installations de ce type fonctionnement déjà au Kazakhstan, en Inde et au Japon et de nombreux projets sont à l’étude. Estimant que le déploiement à grande échelle de cette technologie dépend essentiellement de facteurs économiques, l’AIEA a lancé un vaste programme de recherche et de collaboration sur ce thème. 
 

Une pollution réduite

Outre la lutte contre le dérèglement climatique, l’énergie nucléaire permet de lutter contre la pollution de l’atmosphère. Une centrale nucléaire n’émet ni dioxyde d’azote, ni dioxyde de soufre, ni particules fines ni poussières, ni nitrates et phosphates qui contribuent à la pollution de l’environnement, (air, eau et forêts).

En France chaque année, l’utilisation du nucléaire permet ainsi d’éviter le rejet de :

  • 55 000 tonnes de poussières,
  • 1,7 million de tonne de dioxyde de soufre,
  • 890 000 tonnes d’oxydes d’azote.
     

Anticiper les évènements climatiques extrêmes

Les grands phénomènes d’origine naturelle (canicule, séisme, grand froid, inondation) peuvent avoir un impact sur l’exploitation des installations nucléaires. Les acteurs prennent le sujet à bras le corps.

Le risque inondation

Au lendemain de la tempête 1999, l’ASN a demandé à EDF de procéder à des mesures de protection immédiates contre ce risque et a initié une démarche visant à le réévaluer dans toutes les centrales. Cette réflexion, alimentée par le groupe de travail mis en place à l’issue des crues exceptionnelles du Rhône en 2003 et par le retour d’expérience de l’accident de Fukushima de 2011, a conduit à la rédaction du Guide relatif à la protection des installations nucléaires de base contre les inondations externes, publié en avril 2013 par l’ASN.

En cas de sécheresse

Il peut être nécessaire de réduire la puissance ou même d’arrêter une centrale installée en bordure d’un fleuve si la température de l’eau excède les limites fixées par la réglementation. Si ces limites sont atteintes, l’exploitant peut décider de moduler la puissance ou d’arrêter la production d’électricité.

Dès leur conception, les centrales nucléaires ont pris en compte les températures extrêmes. De sorte que les canicules de 2003 et 2006 n’ont pas impacté la sûreté des centrales nucléaires.

Face au réchauffement climatique et à la hausse des températures, EDF a réexaminé ses installations et a, entre autres mesures, augmenté la performance thermique de ses tours aéroréfrigérantes. L’objectif étant de produire autant de kilowattheure avec moins d’eau.