Les mesures de prévention

La sûreté nucléaire est l’ensemble des dispositions permettant d'assurer le fonctionnement d'une installation nucléaire, de prévenir les accidents et d'en limiter les effets, pour protéger les populations et l'environnement.

Ces dispositions sont prises dès la conception, pendant l’exploitation et jusqu’au démantèlement de l’installation. Elles concernent aussi les équipements destinés au transport de matières radioactives.

Les exploitants et les pouvoirs publics exercent une vigilance extrême pour garantir la sûreté des installations. La pertinence de ces précautions est réexaminée en permanence, en fonction de l’évolution des connaissances, des retours d’expérience et des nouvelles technologies.
 

Maîtriser les risques

Toute activité industrielle comporte des risques. Dans les installations nucléaires, le risque est notamment lié à la présence de matières radioactives. L’objectif de la sûreté est de protéger en toutes circonstances l’homme et l’environnement en empêchant la dispersion de la radioactivité. Cela consiste à prévenir les incidents et les accidents, et à limiter au maximum leurs conséquences au cas où ils surviendraient malgré tout. Plusieurs lignes de défense successives protègent l’installation, selon le principe dit de « défense en profondeur » qui comporte plusieurs niveaux.

Une trible barrière pour confiner la radioactivité

Dans un réacteur nucléaire, un des dispositifs conçus pour garantir la sûreté repose sur une série de barrières étanches successives. La première est la gaine du combustible, tube métallique étanche dans lequel sont insérées les pastilles d’uranium. L’enveloppe en acier du circuit de refroidissement primaire, qui comprend une cuve en acier de 25 cm d’épaisseur où est placé le combustible (le cœur du réacteur), constitue la deuxième barrière. Enfin, une enceinte de confinement en béton, simple ou double, étanche entoure l’ensemble.

Anticiper pour mieux prévenir

Le premier niveau consiste à imaginer, dès la conception de l’installation, tous les scénarios possibles de défaillance matérielle ou humaine ou d’agression externe (inondation, séisme, incendie, chute d’avion…), et à prévoir les dispositifs et équipements pour y faire face. Ces derniers sont souvent doublés, voire triplés.

Surveiller et détecter la moindre anomalie

Pendant l’exploitation, le second niveau de la défense en profondeur s’attache à limiter l’occurrence des incidents et à empêcher leur aggravation. Comment ? Par une surveillance rigoureuse (maintenance préventive et contrôles réguliers) et la mise en place de dispositifs permettant de détecter la moindre anomalie dès qu’elle se produit et d’intervenir rapidement en cas d’incident. Toutes ces opérations sont effectuées selon des procédures précisément définies par des équipes qualifiées et entraînées. 

La culture de la sûreté : l'ADN de la filière nucléaire

Les salariés intervenant dans les installations nucléaires suivent des sessions de formation continue, et des exercices sont régulièrement organisés pour leur permettre de renforcer leurs connaissances pratiques et théoriques. En 2012 chez EDF, pas moins de 2 720 000 heures de formations ont été dispensées, soit environ 6 semaines par an par pilote de réacteur. Des essais périodiques sont également effectués pour s’assurer du bon fonctionnement des matériels.

Par ailleurs, chaque année, une dizaine d’exercices de gestion de crise sont organisés par les exploitants et les pouvoirs publics. L’objectif de ces tests grandeur nature est d’entraîner toutes les personnes amenées à intervenir en situation réelle. Lors de ces exercices, la population, les écoles et les médias sont associés ce qui permet de constituer une culture de sûreté commune à l’ensemble des parties prenantes. 
 

Intervenir en cas d’accident et gérer les situations d’urgence

Au cas où une situation accidentelle surviendrait malgré tout, une troisième ligne de défense est prévue. Des procédures préalablement consignées décrivent les actions à effectuer pour maîtriser l’accident et en limiter les conséquences. Les exploitants et les pouvoirs publics ont mis en place une organisation complète pour gérer les situations d‘urgence. Deux plans étroitement coordonnés ont été conçus :

  • Le plan d’urgence interne (PUI) : défini et mis en œuvre par l’exploitant, il a pour but de limiter les conséquences de l‘accident et de protéger les personnes travaillant sur le site.
  • Le plan particulier d’intervention (PPI) : déclenché lorsque l’accident est susceptible d’avoir des conséquences à l’extérieur du site (risque de rejets dans l’environnement), il est mis en œuvre par le préfet, en concertation avec l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Il prévoit l’organisation des secours (mise à l’abri ou évacuation de la population), les mesures à prendre en cas de risque de contamination et l’information de la population et des médias. 

 

 
INES : L'ECHELLE DE GRAVITE DES INCIDENTS ET ACCIDENTS NUCLEAIRES
 
Tous les incidents survenant dans les installations nucléaires, y compris les plus minimes, doivent obligatoirement être déclarés aux autorités de sureté et rendus publics ; ils sont classés selon une échelle de gravitée adoptée au niveau international : l’échelle INES (pour International Nuclear event scale). Le classement va de l’anomalie sans conséquence (niveau 0) à l’accident le plus grave (niveau 7), classement attribué aux accidents de Tchernobyl et de Fukushima.
 


Tirer les leçons de l’expérience

L’expérience accumulée en France avec l’exploitation de 58 réacteurs nucléaires et des usines du cycle du combustible permet d’améliorer constamment le niveau de sûreté. Chaque incident, anomalie ou erreur est détecté, signalé et analysé pour éviter qu’il ne se répète.

Tous les dix ans, chaque réacteur est en outre soumis à une réévaluation complète de sa sûreté, sous le contrôle de l’Autorité de sûreté nucléaire. Les centrales les plus anciennes vont ainsi réaliser dans les années à venir leur quatrième visite décennale. Pour autoriser leur poursuite d’exploitation, l’ASN demande à l’exploitant de faire en sorte que la sûreté soit améliorée de manière à se rapprocher le plus possible de celle des réacteurs les plus récents, c’est-à-dire du réacteur EPR.

Ce partage d’expériences et de bonnes pratiques existe aussi au niveau international, avec les exploitants et les autorités de sûreté disposant d’une filière nucléaire. Un des objectifs est de tirer les leçons des accidents. Ainsi, celui de Fukushima en 2011 a déclenché des évaluations complémentaires de sûreté pour vérifier le bon niveau de protection des centrales européennes vis-à-vis des séismes et des inondations. Parmi les améliorations décidées en France :

Un « noyau dur », robuste et autonome, pour les situations extrêmes

Le « noyau dur » est l’ensemble des dispositifs devant assurer les fonctions vitales et la robustesse d’une installation nucléaire en difficulté ou en situation extrême. Il doit être dimensionné pour résister aux risques connus, en considérant qu’ils peuvent se cumuler. Particulièrement robuste et autonome, il doit permettre de stopper la réaction nucléaire et d’assurer le refroidissement, de maîtriser le confinement pour limiter les rejets et de gérer la crise en situation dégradée. Le dispositif sera déployé intégralement dès 2018, les premiers éléments ont été mis en place dès 2013.

La force d’action rapide du nucléaire (FARN)

La FARN est opérationnelle depuis 2014 et le sera totalement en 2018. Elle permet à EDF de mobiliser, en moins de 24 heures et dans n’importe quelle centrale nucléaire, une équipe capable d’apporter des renforts humains et des moyens de secours, et de garantir l’alimentation en eau et en électricité du site accidenté.

De son côté, AREVA a mis en place une Force d’Intervention Nationale AREVA (FINA) prête à apporter à chaque site un support personnalisé dans un délai de moins de 48h en cas d’événement majeur.


 

Qui contrôle la sûreté nucléaire ? 

L’exploitant est le premier responsable de la sûreté de ses installations C’est donc à lui de définir et de mettre en œuvre les moyens industriels adaptés pour respecter les exigences fixées par la réglementation en matière de sûreté.

En France, c’est l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), appuyée par ses experts techniques, notamment l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), qui assure au nom de l’État le contrôle des installations nucléaires. Sur la base du dossier de sûreté rédigé par l’exploitant, elle délivre l’autorisation de création d’une installation et vérifie, lors d’inspections régulières, programmées ou inopinées, le respect des règles d’exploitation. Elle peut ordonner la fermeture de tout équipement dont la sûreté ne lui paraît pas garantie.

Sur le plan international, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a développé des normes de sûreté et de sécurité sous la forme de principes ou de guides. Elle a également mis en place des mécanismes d’évaluation des politiques de sûreté par les pairs (« Peer Reviews »).

D’autres enceintes d’échanges existent permettant aux autorités de sûreté de par le monde (ENSREG et WENRA) et aux exploitants des installations nucléaires (WANO) de confronter leurs problématiques et de partager leurs savoir-faire.
 

Quel bilan de la sûreté pour les installations nucléaires en France ?

Comme dans toute installation industrielle,  des anomalies de fonctionnement se produisent chaque année dans les installations nucléaires. Mais leur gravité est toujours restée limitée et la très grande majorité d’entre eux n’a pas d’impact sur la sûreté ni de conséquences pour la santé des travailleurs et des populations locales (Cf. rapport IRSN sur la sûreté du parc électronucléaire).
 

Ouverture et transparence : la démarche continue des acteurs du nucléaire

Depuis plusieurs années déjà, les entreprises de la filière nucléaire sont pleinement engagées dans une démarche d’amélioration continue du dialogue avec l’ensemble des parties prenantes, notamment en ce qui concerne la sûreté de leurs installations.

Cette démarche n’a pas commencé avec la loi TSN de 2006. Mises en place dès les années 80 autour des sites nucléaires, les Commissions locales d’information (CLI) rassemblent ainsi élus, syndicats, associations et personnes qualifiées. Leurs prérogatives  sont importantes : réalisation d’expertises, mesures ou analyses dans l'environnement relatives aux émissions ou rejets des installations du site… En cas d’incident ou d’accident, elles sont, au même titre que le Préfet, informées dans l’immédiat et tenues informées de la situation.

De nombreuses initiatives ont été prises pour permettre aux riverains de s’exprimer sur les projets industriels (enquêtes et réunions publiques). Depuis 2001, 5 débats nationaux et 5 débats locaux ont ainsi été organisés sur des installations nucléaires, les derniers en date étant celui sur le projet de stockage géologique Cigéo et celui sur la transition énergétique (DNTE). 

 
SÛRETE ET SECURITE : UNE FINALITE COMMUNE, DES APPROCHES DIFFERENTES

Si la sûreté nucléaire s’attache à maîtriser les risques induits du fait même de l’exploitation d’une installation nucléaire ou du transport de matières radioactives, la sécurité nucléaire concerne les mesures visant à se protéger d’actions d’origine malveillante (intrusion, vol, sabotage). La finalité est la même dans les deux cas – il s’agit toujours de protéger l’homme et l’environnement des rayonnements ionisants – mais les évènements considérés diffèrent : évènements externes (séisme, phénomènes climatiques…) ou internes (défaillances matérielles ou humaines) pour la première, actes volontaires menés avec l’intention de nuire pour la seconde.

Le contrôle en matière de prévention et de lutte contre les actes de malveillance du Haut Fonctionnaire à la Défense du Ministère de l’Environnement.