Le mur de glace de Fukushima

Le mur de glace de Fukushima

Sur le site de la centrale accidentée de Fukushima Daiichi, un chantier prioritaire visait à réduire le passage des eaux contaminées vers la nappe phréatique puis vers la mer. En clair, le projet était de construire un mur de glace tout autour des réacteurs, pour empêcher les écoulements d’eau souterrains de traverser les sous-sols de la centrale, et donc de réduire le volume d’eau contaminée. L’avant-dernière étape de la construction de ce réfrigérateur pharaonique a été franchie le 29 janvier.
 

Une stratégie ambitieuse

Ce mur de glace, imaginé très vite après l’accident, fait partie intégrante d’une stratégie qui doit permettre de réduire les rejets de strontium, de césium et de tritium. Visant la fin 2015, cette stratégie comporte plusieurs étapes.

Première étape : drainer à l’amont de la nappe phréatique pour en baisser le niveau. Ce drainage est opérationnel depuis bientôt 2 ans et a permis de réduire le volume d’eau entrant dans les sous-sols des réacteurs accidentés. Depuis avril 2014, l’eau  pompée dans les drains amont est rejetée en mer après contrôle, l’autorité de sûreté et les associations de pêcheurs locaux ayant donné leur accord.

Deuxième étape : la construction, côté mer, d’une paroi étanche d’environ 780 mètres de long, descendant jusqu’à une couche géologique étanche épaisse, pour bloquer et prélever les eaux contaminées en aval des réacteurs, grâce à 5 puits de drainage. Cette paroi a été terminée en octobre 2015.

Troisième étape : l’installation d’une unité spécifique de traitement de l’eau pompée, entre les réacteurs et la paroi étanche, pour éliminer les radioéléments de l’eau avant contrôle et rejet en mer. Le rejet est opérationnel depuis l’automne dernier.

Enfin, quatrième étape : un coffrage de 1400 mètres de long vient encercler les quatre réacteurs de la centrale, descendant jusqu’à une couche géologique étanche à 27 mètres de profondeur.
 

Un mur de glace pour piéger les eaux contaminées

La Nuclear Regulation Authority (NRA – Autorité de sûreté japonaise) avait donné son aval au début des travaux de cet ouvrage inédit, en posant comme condition que l’exploitant TEPCO contrôle le niveau des eaux souterraines, pour éviter que celles-ci soient à un niveau inférieur à celui des eaux contaminées.

Pour « monter » ce mur de glace, il faut injecter dans le sol un réfrigérant en circuit fermé par des tubes forés environ tous les mètres. Le sol gèle alors sur une épaisseur d’environ trois mètres et une hauteur de 27 mètres, sur la totalité du périmètre.

TEPCO a débuté les travaux d’installation des tubes de refroidissement dans le sol en juin 2014, avant de commencer fin avril 2015 les tests de refroidissement demandés par la NRA, pour vérifier que le sol gèle correctement.

Avant d’achever la totalité du périmètre de ce coffrage, à l’aval du site, il a fallu étancher toutes les liaisons entre les réacteurs et la mer. Ces galeries de grande section étaient en effet envahies par des eaux très radioactives. L’opération, délicate, a successivement fait appel au gel des tuyauteries, à la mise en place de bouchons cimentés aux extrémités, puis au remplissage complet des galeries avec du béton, tout en pompant les eaux pour traitement.

Cette opération a été achevée en juillet 2015. Le mur de glace pourrait être totalement opérationnel en 2016. La dernière étape, qui devrait débuter fin mars 2016 si la NRA donne son feu vert, sera de geler effectivement le sol à l’aide des tuyaux souterrains. TEPCO espère ainsi réduire le volume d’eau contaminée produit chaque jour à 10 tonnes, soit moins de 10 fois que le volume actuel. 

 



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