LA SÛRETÉ NUCLÉAIRE


La sûreté nucléaire désigne l'ensemble des dispositions mises en œuvre pour que le fonctionnement d'une installation nucléaire n'entraîne aucun effet dommageable sur les individus et l'environnement. Elle concerne les installations contenant des matières radioactives ainsi que les équipements destinés au transport de ces matières.

Maîtriser les risques

Toute activité industrielle, toute activité de production d'énergie comporte des risques. Dans les installations nucléaires, ce risque est dû principalement à la présence de matières radioactives. L'objectif de la sûreté nucléaire est de protéger en toutes circonstances l'homme et l'environnement en empêchant la dispersion de quantités dangereuses de matières radioactives. Pour cela, tout est mis en œuvre afin de :
- prévenir les incidents et les accidents,
- et au cas où ils surviendraient malgré tout, en limiter au maximum les conséquences.

Dans les centrales nucléaires, cette démarche repose essentiellement sur le principe de la défense en profondeur et sur le confinement des matières radioactives.

La défense en profondeur

La méthode de la défense en profondeur met en place plusieurs lignes de défense successives, à différents niveaux :


Dès la conception de la centrale, on imagine tous les scénarios possibles de défaillance des matériels ou des hommes et on prévoit, pour y faire face, tous les dispositifs et équipements de secours appropriés, souvent doublés, voire triplés. Les risques d'agression externe, tels que incendie, inondation, séisme, chute d'avion, acte de malveillance, … sont également pris en compte.
 

Une triple barrière pour confiner les produits radioactifs
Un des principaux dispositifs conçus pour garantir la sûreté des centrales nucléaires consiste à enfermer dans trois barrières de confinement superposées les produits radioactifs présents dans le cœur du réacteur.

Ce dispositif comporte successivement :

1. La gaine métallique qui renferme le combustible nucléaire, constitué de petites pastilles d'uranium.
2. La cuve en acier qui abrite le cœur du réacteur, prolongée par l'enveloppe de métal formée par les tuyauteries du circuit primaire.
3. L'enceinte de confinement en béton, simple ou double, qui entoure le réacteur (cuve et circuit primaire).
Toutes les centrales nucléaires d'EDF et la plupart des centrales des pays occidentaux mettent en œuvre cette triple barrière de confinement.



Pendant la phase d'exploitation de l'installation, le second niveau de la défense en profondeur s'attache à limiter l'occurrence des incidents et à arrêter leur évolution. La démarche implique ici principalement : la prévention pour éviter une situation anormale (qualité d'exploitation, maintenance préventive) ; la surveillance, pour détecter tout début d'anomalie (contrôles périodiques, entretien des matériels) ; l'action pour revenir à un état sûr (traitement des anomalies, déclenchement des systèmes de sauvegarde). Toutes ces opérations sont effectuées selon des procédures précisément définies et par des équipes qualifiées et entraînées.

 

Au cas où une situation accidentelle surviendrait malgré tout, une troisième ligne de défense est prévue pour y faire face. C'est le troisième niveau de la défense en profondeur. Des procédures préalablement consignées décrivent les actions à effectuer selon le type d'accident survenu, afin de le maîtriser et d'en limiter les conséquences. De plus, pour assister et conseiller les opérateurs de l'installation, l'organisation française prévoit la mise en alerte d'une équipe nationale de crise composée d'experts en sûreté nucléaire.
 

Plans d'urgence

Parallèlement à ces actions est prévue l'entrée en vigueur, si les circonstances le commandent, d'un dispositif s'articulant en deux plans d'urgence étroitement coordonnés :
- Le Plan d'Urgence Interne (PUI), conçu et mis en œuvre par EDF, qui a pour but de limiter les conséquences de l'accident et d'assurer la protection des personnes travaillant sur le site de l'installation ;
- Le Plan Particulier d'Intervention (PPI), qui est déclenché par les autorités administratives locales (Préfet) si l'accident est susceptible d'avoir des conséquences à l'extérieur du site. Ce plan prévoit l'organisation des secours, les mesures à prendre en cas de risque de contamination ainsi que les conditions d'information du public et des médias.


INES, l'échelle de gravité des incidents et accidents nucléaires


Tous les incidents, y compris les plus minimes, survenant dans les installations nucléaires doivent obligatoirement, en France, être déclarés aux autorités de sûreté et rendus publics. Ils sont classés selon une échelle de gravité adoptée au niveau international : l'échelle INES ("International Nuclear Event Scale"). Le classement va de l'anomalie sans conséquence (niveau 0) à l'accident le plus grave (niveau 7), classement attribué à l'accident de Tchernobyl.

Les autres facteurs qui concourent à la sûreté nucléaire

Au-delà de ces dispositions particulières, la sûreté des installations nucléaires dépend d'un ensemble de facteurs parmi lesquels il faut mentionner :


La formation des personnels : les "pilotes" et les agents d'exploitation des installations nucléaires sont régulièrement appelés à des stages de formation continue et d'entraînement qui leur permettent de renforcer leurs connaissances théoriques et pratiques. C'est ainsi que s'est développé dans le secteur nucléaire une "culture de sûreté" qui conduit chacun, au-delà des règles codifiées, à évaluer, pour chaque acte qu'il accomplit, son incidence sur la sûreté ;

 

La qualité des matériels : tous les équipements sont réalisés selon les règles de l'assurance qualité, procédure contraignante destinée à garantir l'absence de défauts dans les différents matériels et composants ;

 

Le retour d'expérience : l'expérience accumulée en France avec l'exploitation de 58 réacteurs nucléaires et de grandes usines du cycle du combustible permet d'améliorer constamment le niveau de sûreté des installations. Chaque incident, anomalie ou erreur est détecté, signalé, analysé afin que soient prises les mesures correctives pour éviter sa répétition ;

 

La coopération internationale : dans le cadre d'un réseau organisé au niveau mondial, les exploitants nucléaires s'échangent leur expériences. Par ailleurs, des missions internationales d'experts viennent régulièrement examiner les centrales nucléaires, en France et dans le monde, pour valider leur niveau de sûreté.
 

Le contrôle des pouvoirs publics

Au-delà des contrôles exercés par les exploitants, ce sont les pouvoirs publics qui coordonnent, en France, toutes les actions relatives à la sûreté nucléaire. Les services du Premier ministre, les ministères de la Santé, de l'Industrie, de l'Environnement, de l'Intérieur, ainsi que leurs appuis techniques, vérifient l'observation des règles d'exploitation et peuvent ordonner la fermeture de tout équipement dont la sûreté n'apparaît pas garantie. C'est la Direction Générale de la Radioprotection et de la Sûreté Nucléaire (DGRSN) qui, au sein du gouvernement, est chargée de l'essentiel de ces contrôles (voir rubrique "L'industrie nucléaire en France").

Quel bilan de sûreté pour les installations nucléaires en France ?

Des incidents, des anomalies de fonctionnement, se produisent dans les installations nucléaires, comme dans n'importe quelles autres installations industrielles. En France, la gravité de ces incidents est restée limitée, n'affectant pas sérieusement la sûreté. Après bientôt 40 ans d'exploitation, les installations nucléaires n'ont fait, dans le pays, aucune victime : les rares accidents corporels qui se sont produits, essentiellement sur les chantiers de construction n'ont pas eu pour cause le caractère nucléaire des installations. Une comparaison statistique avec les autres grandes sources de production d'électricité (pétrole, charbon, gaz, barrages hydrauliques) fait apparaître l'énergie nucléaire comme la plus sûre pour les personnes et celle dont les risques sont le mieux maîtrisés.