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Comme la plupart des activités humaines, l'industrie nucléaire
produit des déchets. Certains sont radioactifs. Il convient
de s'en protéger et d'en protéger les générations
futures.
Rappelons
que l'on distingue, parmi ces déchets :
- ceux qui ne contiennent que des radioéléments
à vie courte, dont la radioactivité aura disparu au
bout d'environ 300 ans, dits déchets A,
- ceux qui contiennent des radioéléments à
vie longue en grande quantité, dits déchets C, qui
sont essentiellement constitués des éléments
combustibles usés ou des produits du retraitement de ces
combustibles,
- enfin ceux qui contiennent des radioéléments à
vie longue, mais en faible quantité, dits déchets
B, qui sont généralement des équipements contaminés
par les radioéléments des déchets C, notamment
au cours du retraitement.
La gestion des déchets radioactifs consiste essentiellement
à les emprisonner sous forme solide et stable à l'intérieur
de structures étanches elles-même durables de façon
à non seulement se protéger de leurs rayonnements,
mais surtout éviter leur retour et leur dispersion dans la
biosphère.
Un stockage de déchets radioactif ne peut donc en
aucun cas être assimilé à une "décharge"
ou à un "tas d'ordures". C'est un système
rigide et résistant où interviennent, suivant le principe
de la défense en profondeur, plusieurs barrières
: le colis de déchets lui-même, l'ouvrage dans lequel
il est placé, éventuellement les structures géologiques
environnantes.
Remarque
importante :
Les déchets
ne sont placés dans leur stockage que lorsque le dégagement
de chaleur consécutif à leur radioactivité
est suffisamment faible pour éviter tout échauffement
intempestif. Ceci signifie que les déchets C doivent d'abord
être entreposés, pendant une durée de l'ordre
de 50 ans, avant d'être stockés. Il est essentiel de
noter que, sous cette réserve, il n'y a au sein d'un stockage
de déchets aucune source d'énergie à même
de déclencher un quelconque phénomène violent,
tel qu'explosion ou incendie, pouvant conduire à leur dispersion.
La solution pour les déchets dont la radioactivité
aura disparu au bout d'un petit nombre de siècles, est simple
et connue. Les déchets A , généralement
enrobés de ciment, sont placés à l'intérieur
de conteneurs étanches en béton ou en acier, strictement
contrôlés et répertoriés. Ceux-ci sont
à leur tour disposés dans les alvéoles en béton
d'un stockage de surface recouvert d'une couverture multicouche,
comportant notamment une membrane bitumineuse et au dessus une couche
de terre végétale engazonnée. Il est clair
que ces structures extrêmement compactes et robustes, situées
au ras du sol, résisteront au moins aussi longtemps que subsistera
une radioactivité significative. Au surplus un stockage de
surface peut être aisément surveillé et éventuellement
réparé. Un drain disposé sous le stockage permet
de vérifier qu'il n'y a pas fuite de radioactivité
vers le sol. La France dispose de deux stockages de déchets
A : l'un, dans la Manche, est aujourd'hui plein ; l'autre, en cours
de remplissage, dans l'Aube, permettra de recevoir les déchets
A provenant des installations françaises jusque vers le milieu
de ce siècle. De tels stockages existent également
à l'étranger. Il est très généralement
admis que ces dispositions règlent le problème des
déchets A.
Les déchets C constituent de loin le problème
majeur de la gestion des déchets radioactifs, puisqu’ils
contiennent la presque totalité de l’activité
engendrée par la production nucléaire (99,5 % pour
l’activité alpha et 97,5 % pour l’activité
bêta, gamma). Compte tenu de leur temps de décroissance,
il apparaît inadapté de les mettre dans un stockage
pérenne en surface ou à faible profondeur ; ce serait
laisser aux générations futures le souci d’en
assurer la gestion. Les placer dans un stockage géologique,
à quelque 500 mètres de profondeur, apparaît
comme la meilleure solution. Elle suppose bien entendu
le choix d'une structure géologique stable, aussi peu sismique
que possible, avec de très faibles circulations d'eau.
Une deuxième précaution supplémentaire est
prise au niveau du conditionnement :
- les éléments combustibles non retraités sont
enfermés dans des conteneurs en cuivre épais, spécialement
étudiés pour minimiser la corrosion en stockage profond
- les déchets issus du retraitement sont incorporés
au sein d'un verre spécialement étudié pour,
d'une part, fixer dans sa matrice même tous les radioéléments
présents et, d'autre part, résister à la corrosion
des eaux pouvant circuler en profondeur avec un "taux de lixiviation"
particulièrement faible. C'est le procédé de
vitrification mis au point en France dans les années
70.
En définitive les blocs de verre (ou conteneurs en cuivre)
incluant les déchets C sont placés dans les galeries
du stockage géologique, , bloqués en place par un
matériau sélectionné pour constituer une barrière
dite ouvragée, par exemple à base d’argile imperméable
à l’eau. Le comblement des galeries se fait au fur
et à mesure de l’avancement du stockage, avec des matériaux
identiques ou comparables à celui de la barrière ouvragée
enveloppant les colis.
Des multiples études et simulations faites pour prévoir
l'évolution de ce système dans le temps, il résulte
que l'on est en droit d'affirmer , si le stockage a été
bien conçu et bien construit, que :
- l'étanchéité de l'ensemble colis
+ barrière ouvragée devrait être conservée
pendant de nombreux millénaires
- cette étanchéité ne se trouvera dégradée
que lorsque les radioéléments à vie courte
auront perdu leur nocivité et que subsisteront essentiellement
les radioéléments à vie longue issus de la
transmutation de l'uranium (actinides).
Or ces radioéléments sont des corps peu solubles,
migrant très lentement à travers les couches géologiques
environnantes, ainsi que le confirment les observations faites autour
des réacteurs fossiles d'Oklo au Gabon. D'une part ils n'échapperont
aux blocs de verre que de façon infinitésimale, au
rythme de la lixiviation, d'autre part ils n'atteindront la surface
du sol qu'après des temps pouvant se compter en milliers
d'années. Que peut-il en résulter ? Dans le
pire des cas, des sources radioactives, d'une activité bien
inférieure à beaucoup de celles qui existent aujourd'hui
dans les régions granitiques.
Ajoutons que, sauf à supposer que les hommes de cette époque
lointaine aient perdu la notion de radioactivité (ce qui
paraît peu probable, étant donné le rôle
que celle-ci va jouer à l'avenir dans beaucoup de domaines),
de telles sources seront aisément repérables à
des valeurs de radioactivité bien inférieures au seuil
de danger.
Il est évidemment indispensable que les experts puissent
confronter à la réalité leurs données
de base sur les colis et les différentes barrières
; c'est ce qu'ils souhaitent faire quand ils construisent un "laboratoire
souterrain", tel celui de Bure dans la Meuse.
Note complémentaire
:
Il ne
fait pas de doute que la solution verre après retraitement
est préférable à la solution du "stockage
direct" en conteneur de cuivre. En effet, dans le premier cas,
il y a moins de radioéléments stockés (plutonium
et uranium naturel ayant été isolés pour recyclage)
et ces radioéléments sont mieux fixés au sein
du verre que dans les éléments combustibles irradiés.
Ceci peut être illustré par le fait que les verres
retrouvent la radioactivité du minerai d'origine au bout
de 10.000 ans, alors qu'il en faut plus de 100.000 pour les éléments
combustibles usés. Mais les deux solutions devront être
utilisées, y compris dans les pays ayant fait le choix du
retraitement.
Les déchets B doivent évidemment
rejoindre les déchets C dans un stockage géologique.
Ils ont longtemps été considérés comme
les plus gênants compte tenu de leur volume relativement important.
De très gros efforts ont été faits par la Cogema
pour réduire ce volume et ont abouti à un gain remarquable
de l'ordre d'un facteur 10 ! Reste que ces déchets ne peuvent
être inclus dans des verres ; c'est au cas par cas, compte
tenu de leur diversité, que doit être défini
le meilleur conditionnement permettant d'atteindre une rétention
aussi bonne que possible et comparable, compte tenu de la faible
teneur de ces déchets en radioéléments de longue
vie, à celle des verres des déchets C.
EN GUISE DE CONCLUSIONS
Les solutions mises au point pour les différentes classes
de déchets radioactifs constituent une panoplie qui a fait
ses preuves. Il est donc faux de dire qu'il n'existe pas
de solution au problème des déchets radioactifs.
Ce qui manque, c'est la démonstration en vraie grandeur
du "stockage géologique". Si elle n'existe pas
aujourd'hui, c'est qu'on s'est heurté (en 1991, en France)
au syndrome du NIMBY ( « pas dans mon jardin » ). Et
ceci est un vrai problème, qu'il sera bien difficile de résoudre,
tant que les responsables politiques n'auront pas le courage de
dire aux Français qu'un stockage de déchets est totalement
inoffensif. A moins d'aller rechercher ailleurs un site
plus ou moins désert (et convenable géologiquement)
où ce syndrome ne jouerait pas.
La loi de décembre 1991 nous a donné un temps de
réflexion : les conclusions de 2006 nous diront si nous avons
su en tirer profit, notamment pour améliorer les solutions
disponibles, ce qui est toujours possible. Mais n'en attendons pas
la disparition du problème; Il y a au contraire fort à
parier que les solutions de 2006 ne seront pas fondamentalement
différentes de celles de 1990. Les recherches sur le retraitement
poussé et la transmutation menées dans le cadre de
la loi de 1991 avec l’objectif de réduire la quantité,
la nocivité et la durée de vie des déchets
à stocker restent par ailleurs un élément important
dans l’évolution du dossier.
Enfermer les déchets C dans un stockage géologique
est bien la meilleure façon de les empêcher de nuire,
que ce soit localement ou de façon planétaire.
Et ce , non seulement pour le présent, mais aussi pour l'avenir.
Ne peut-on penser d'ailleurs que lorsque d'autres industries cesseront
de laisser leurs déchets toxiques dans la cour de l'usine
ou de les rejeter à l'atmosphère, elles auront recours
à des "stockages géologiques" ?
Les opposants au nucléaire disent souvent ne pas vouloir
échanger des tonnes de CO2 contre des déchets nucléaires.
Il ne faut pas hésiter à leur dire qu'il y a pourtant
une très grande différence entre rejeter des tonnes
de CO2 en perdant complètement le contrôle de ce produit
qui va contribuer, de façon certaine et sur une durée
indéfinie, au changement climatique et garder sous
contrôle des déchets radioactifs mis hors d'état
de nuire dans leur stockage.
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