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Extraits
de la conférence donnée par G. Vendryes le 29 janvier 2002 au Centre
A. Malraux de Rocquencourt, à l'initiative du Mouvement Européen des
Yvelines et avec le concours des Groupes régionaux Essonne, Hauts-de-Seine
et Yvelines/Val d'Oise de la SFEN.
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Production
d'électricité en Europe en 2000
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Vers une politique
européenne de l'énergie |
Le problème de la dépendance énergétique
L'Europe dépend de plus en plus de l'extérieur pour satisfaire ses
besoins en énergie. Une figure vous montre d'abord le cas de la France.
Notre indépendance énergétique est passée par un point bas d'environ
20% au milieu des années 70, au moment même où la première crise du
pétrole rendait les conséquences de cette situation particulièrement
graves pour notre économie. Depuis lors la mise en place progressive
du programme nucléaire a permis de la redresser, au moins jusqu'à
un certain point. Bon an mal an notre indépendance énergétique se
maintient pour le moment à environ 50%. Si nous n'avions pas de nucléaire,
elle aurait continué à décroître selon la courbe présentée par comparaison,
qui décrit d'ailleurs à peu près le cas réel de l'Italie.
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Le
taux d'indépendance énergétique de la France
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Le problème ne se pose plus seulement pour les pays européens les
moins bien dotés en ressources par la nature, mais pour l'Europe toute
entière. La Grande-Bretagne est aujourd'hui le seul pays des Quinze
à être un exportateur net de produits énergétiques, mais elle deviendra
importatrice dans un avenir peu éloigné. Près de la moitié du pétrole
que consomme actuellement l'Europe vient du Moyen-Orient, une région
du globe qui n'offre malheureusement pas les meilleures garanties
de tranquillité et de stabilité. La dépendance croissante de l'Europe
comporte des risques qui vont en s'aggravant pour la sécurité de ses
approvisionnements, la compétitivité de ses entreprises, et en définitive
l'emploi et le niveau de vie, qui sont au coeur de ses préoccupations.
Comme la menace affecte l'ensemble de l'Union, elle appelle une réaction
globale, selon des mesures concertées.
Environnement : attention
Une autre préoccupation commune grandissante concerne les effets de
la production d'énergie sur l'environnement. Il y a une prise de conscience
générale que les équilibres sur lesquels repose le fonctionnement
de la biosphère de notre petite planète sont fragiles, que l'espèce
humaine dispose de moyens susceptibles de compromettre son propre
cadre de vie et qu'elle doit veiller à ne pas accomplir d'actions
dont l'effet nocif pourrait se révéler irréversible.
J'ouvre ici une parenthèse au sujet des émissions des gaz à effet
de serre sur le climat de la planète.
La plupart des gouvernements européens estiment qu'il y a là une menace
potentielle à prendre très au sérieux, et que des mesures globales
s'imposent pour tenter d'y parer. Les solutions à trouver n'ont de
sens que si elles sont définies et mises en oeuvre au niveau mondial.
Pour y parvenir, il importe que les pays européens parlent d'une seule
voix et agissent de même.
Dans le même esprit, les précautions à prendre, les normes à respecter
pour garantir au mieux la sûreté des installations industrielles et
la protection de la santé publique doivent se traiter de plus en plus
sur un plan international, ne serait-ce que pour éviter des différences
entre pays que l'opinion publique à juste titre ne pourrait comprendre.

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Qu'attendre de l'énergie
nucléaire ? |
A ce stade, je voudrais attirer l'attention sur un certain nombre
d'aspects de l'énergie nucléaire. Je n'hésite pas à proclamer hautement
qu'il s'agit là d'une source d'énergie économique, sûre et propre
L'énergie
nucléaire est économique
En matière économique, le cas de la France est exemplaire. Que le
nucléaire constitue la manière la plus économique d'y produire de
l'électricité en régime de base est un fait acquis depuis des années,
en incluant dans le prix de revient toutes les externalités telles
que les provisions pour le stockage ultime des déchets ou le démantèlement
ultérieur des centrales.
C'est ce que montrent toutes les études qui sont effectuées à intervalles
réguliers par les représentants des différents secteurs énergétiques
sous l'égide du Ministère de l'Industrie, la plus récente ayant eu
lieu en 1997. Signalons également qu'un rapport établi en 2000 à la
demande du gouvernement par Messieurs Charpin, Dessus et Pellat pour
comparer divers scénarios de production d'électricité en France jusqu'en
2050, a fait clairement ressortir l'avantage économique du recours
au nucléaire.
Une excellente preuve de la compétitivité de l'électricité d'origine
nucléaire est fournie par l'importance des exportations d'EDF à tous
nos voisins européens, qui ne sont limitées que par les capacités
de transport existantes. Elles procurent bon an mal an à notre balance
commerciale un excédent de l'ordre de 2 milliards d'euros.
Mais l'économie de l'énergie nucléaire est loin d'être une exception
française. On la constate également dans bien d'autres pays, même
s'ils ont adopté une démarche différente. Il est particulièrement
intéressant de noter qu'aux Etats-Unis l'électricité d'origine nucléaire
est devenue au cours des dernières années moins chère que celle des
centrales thermiques brûlant du gaz ou même du charbon.
Il convient de nuancer les conclusions que l'on tire de telles comparaisons,
car la structure des coûts est trés variable selon les cas (voir figure).
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Coût
de production de l'électricité
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La stabilité du coût du kilawattheure nucléaire
La part des investissements initiaux est très élevée dans le cas du
nucléaire, comme d'ailleurs dans celui des énergies renouvelables.
C'est incontestablement un handicap. A l'inverse l'installation de
turbines à gaz, dont la construction peut se faire vite et à moindres
frais, permet un retour rapide de l'argent immobilisé. C'est un avantage
parfois décisif, surtout quand la tendance est d'accorder la préférence
au court terme. C'est le cas actuellement, où l'on assiste à une véritable
ruée sur les turbines à gaz.
Par contre le coût du kWh produit à partir des combustibles fossiles
dépend très fortement du prix de ces derniers. Il est sujet à de grandes
variations lorsque ces prix fluctuent sur le marché mondial. A l'inverse,
le prix de l'uranium naturel, dont il existe des stocks abondants
dans le monde, ne représente que le quart du poste combustible dans
le montant du kWh nucléaire et n'intervient que pour 6% environ dans
le total. Le coût du kWh nucléaire est ainsi à l'abri de variations,
elles-mêmes peu probables, du cours de son combustible et il offre
une grande garantie de stabilité.
La structure du coût du kWh d'une centrale nucléaire montre aussi
que la majorité des sommes qu'a nécessitées sa production peuvent
être dépensées dans le pays même où elle est installée (près de 95%
en France), ce qui constitue un avantage important pour son économie
et favorise l'emploi. Si la France n'avait pas son programme d'électricité
nucléaire, elle devrait à sa place consentir des importations supplémentaires
de charbon, de fioul ou de gaz, dont le montant à régler en devises
étrangères dépasserait chaque année dix milliards de dollars.
L'énergie nucléaire est sûre
Quand on parle de la sûreté des centrales nucléaires, Chernobyl vient
aussitôt à l'esprit. Ce fut incontestabement une catastrophe. Loin
de moi l'intention d'en minimiser si peu que ce soit les conséquences
particulièrement douloureuses. Mais il ne faut pas en rajouter à plaisir.
Pour avoir une connaissance correcte des effets réels constatés, il
convient de se référer aux conclusions des multiples enquêtes qui
ont été menées à ce sujet dans un cadre international totalement impartial,
et se méfier de nombreuses affirmations infondées comme il en abonde.
Malheureusement les multiples activités de l'industrie humaine n'ont
cessé de provoquer des désastres analogues sinon pires. La destruction
accidentelle de l'usine chimique de Bhopal en Inde, contemporaine
de Chernobyl, a causé un beaucoup plus grand nombre de victimes. Dans
le seul domaine énergétique, qu'on pense aux ruptures de grands barrages,
aux catastrophes dans des mines de charbon, etc*. Même si cette comptabilité
est pénible, on est amené à établir des comparaisons. Toutes celles
qui ont été faites montrent que l'énergie nucléaire, à équivalence
de production d'électricité sur une longue période, a été moins meurtrière
que l'hydraulique, le charbon ou le gaz.
Un bilan largement positif
La durée cumulée de fonctionnement des centrales nucléaires du monde
dépasse maintenant 10000 années, ce qui autorise un jugement global.
Au cours du premier demi-siècle d'exploitation de l'énergie nucléaire,
il y a certes eu plusieurs accidents sérieux sur des centrales nucléaires,
dus pour la plupart à la nouveauté des techniques mises en oeuvre,
mais sans qu'aucun d'eux ait provoqué de victimes, à l'exception bien
sûr de Chernobyl. Le bilan d'ensemble est largement positif. Prenez
l'exemple de la France, où depuis plus de dix ans a été instituée
une échelle de gravité, tenue par les autorités gouvernemntales en
charge de la sûreté nucléaire, sur laquelle chaque incident ou accident
survenu est enregistré. Ils s'échelonnent du niveau 1, simple anomalie
sans conséquence, au niveau 7, correspondant à une catastrophe majeure
de type Chernobyl. Les résultats sont parlants. Aucun des évènements
enregistrés sur l'ensemble des centrales nucléaires d'EDF pendant
la dernière décennie n'a dépassé le niveau 2 de l'échelle, qui correspond
à un incident qualifié de mineur, n'affectant pas la sûreté de l'installation.
(Tableau I).
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Tableau I
- Fonctionnement des centrales nucléaires françaises
en dix ans (56 unités en moyenne) - Nombre total d'événements
enregistrés sur l'échelle internationale de sûreté (de
1990 à 1999).
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Niveau
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Définition
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Nombre d'événements
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7
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Accident majeur
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0
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6
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Accident grave
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0
|
|
5
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Accident avec risques hors site
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0
|
|
4
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Accident sans risques hors site
|
0
|
|
3
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Incident grave
|
0
|
|
2
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Incident
|
41
|
|
1
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Anomalie
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919
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Cela ne signifie évidemment pas qu'un accident grave soit exclu. Ici
comme ailleurs, il ne faut pas se bercer de l'illusion qu'un risque
nul pourrait exister. Il n'empêche que le parc nucléaire français
fonctionne depuis des années loin de toute situation dangereuse.
Radioactivité : il faut raison garder
La radioactivité est partout présente dans l'univers. Elle a toujours
existé sur la terre, où elle était beaucoup plus intense dans le passé,
et elle y fut l'un des principaux facteurs qui ont conditionné l'évolution
des espèces vivantes. Nous vivons sans nous en rendre compte dans
un environnement radioactif. Dans l'organisme de chacun d'entre nous
se produisent en moyenne 8000 désintégrations radioactives par seconde.
La radioactivité supplémentaire à laquelle sont soumises les personnes
qui vivent à côté d'une installation nucléaire en France. est largement
inférieure au centième de la radioactivité naturelle ambiante, elle-même
due à de multiples causes. La radioactivité naturelle est sujette
à des variations considérables selon les endroits du globe. Il existe
des régions, comme le Kérala en Inde, où son intensité est trente
fois supérieure à ce qu'elle est en France, sans qu'on aît pu déceler
dans les populations qui y vivent depuis des générations un excès
de cancers.
Vous entendrez dire que tout supplément de radioactivité, si faible
soit-il, est à proscrire car il est la source d'un cancer potentiel.
L'Académie de Médecine française n'a cessé de s'élever contre de telles
allégations. Elle a même contesté le bien fondé des règlements imposant
une réduction supplémentaire des limites acceptables. En effet, dans
toute cellule vivante sont constamment en oeuvre des mécanismes de
réparation très efficaces, et il existe ainsi des effets de seuil.
Les spécialistes de l'épidémiologie sont de plus en plus nombreux
à estimer que l'effet des faibles doses d'irradiation est indiscernable,
sinon inexistant.
Tout est une question de mesure. Si vous absorbez d'un coup cent comprimés
d'aspirine, vous êtes sûr de vous tuer, mais si vous en prenez un
ou deux, cela peut vous apporter le soulagement escompté. Et cela
est vrai de la plupart des médicaments. Il serait stupide de prétendre
que si cent personnes prennent chacune un comprimé d'aspirine, l'une
d'entre elles en mourra. Cela montre à quel point la notion de dose
collective est un non-sens. Elle a beau avoir été totalement récusée
par les organismes internationaux de radioprotection, c'est en l'utilisant
de façon simpliste que certains présentent régulièrement des évaluations
du nombre supposé de victimes de Chernobyl qui sont dépourvues de
tout fondement.
L'énergie
nucléaire est propre
J'en viens à la propreté de l'énergie nucléaire. Sujet très sensible.
Le problème du devenir des déchets radioactifs est celui qui préoccupe
le plus l'opinion publique, à qui il importe de fournir tous les éléments
d'information et d'appréciation nécessaires.
Déchets : les voies d'une gestion sûre
On entend souvent dire qu'il n'existe aujourd'hui aucune solution
à ce problème. C'est tout à fait inexact. J'affirme au contraire qu'il
existe des solutions satisfaisantes, ou pour mieux dire acceptables,
dans la mesure où la gestion des déchets, quels qu'ils soient, est
une servitude dont on aimerait pouvoir se passer. Ces solutions ont
été développées grâce à un travail patient qui remonte aux tout débuts
de l'énergie nucléaire, avec un soin et une rigueur dont pourrait
avantageusement s'inspirer la gestion de nombreuses autres catégories
de déchets. Les procédés qui ont été mis au point n'ont plus qu'à
être validés et le cas échéant perfectionnés par des essais conduits
dans des conditions représentatives in situ.
Je n'ai pas le temps de m'étendre ici en détail sur les caractéristiques
techniques de la méthode développée en France pour le conditionnement
et le stockage des produits de fission, les seuls véritables déchets
hautement radioactifs qui résultent du fonctionnement des centrales
nucléaires. En quelques mots, elle consiste à les séparer par voie
chimique des autres constituants du combustible irradié, selon un
principe de tri sélectif qui est à la base de la bonne gestion de
tout déchet. Les produits de fission sont ensuite incorporés dans
une matrice faite d'un verre d'une composition très élaborée résistant
aux effets physico-chimiques les plus divers. Ces blocs de verre sont
à leur tour enfermés dans de robustes conteneurs en acier destinés
à être ultérieurement entreposés dans des couches géologiques profondes
convenablement choisies.
La gestion des produits radioactifs nous oblige à prendre en considération
des échelles de temps qui nous étaient jusqu'ici peu familières. Pour
que la radioactivité des produits de fission décroisse jusqu'à un
niveau ne posant plus problème, plusieurs milliers d'années sont nécessaires,
mais c'est une durée sur laquelle la parfaite tenue des enceintes
qui les contiennent peut être garantie. Notez bien qu'une longue vie
radioactive signifie ipso facto un taux de radioactivité faible. L'uranium,
le thorium, le potassium, etc*présentent des exemples de décroissance
qui s'étendent sur des milliards d'années, ce qui explique qu'ils
soient toujours présents dans la croûte terrestre. Les déchets industriels
ordinaires comprennent de nombreux métaux ou produits chimiques très
toxiques, et qui le demeureront éternellement car ils ne se désintègrent
pas.
Le volume des déchets radioactifs à traiter représente très peu de
choses en comparaison de tous ceux qu'engendrent les activités industrielles.
Pour en avoir une idée, voir la figure ci-dessous.
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Production annuelle
de déchets dans la communauté européenne
(source : CEE -1993)
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Pour terminer, il importe de rappeler que l'énergie nucléaire
ne donne lieu à aucune émission de gaz à effet de serre. Prenez
le cas de la France, dont la production d'électricité est assurée,
pour 76% par des centrales nucléaires et pour 15% par cette remarquable
énergie renouvelable qu'est l'hydraulique. Il en résulte que la
quantité de CO2 dégagé par KWh produit est dix fois inférieure à
ce qu'elle est dans certains autres pays européens, qui ont essentiellemnt
recours à des centrales thermiques même s'ils se prétendent comme
le Danemark à la pointe du combat pour la protection de l'environnement.
Si la France n'utilisait pas du tout d'énergie nucléaire, ses émissions
totales de CO2 (en y comprenant celles dues aux usages domestiques
et industriels aux transports, etc*) seraient le double de ce qu'elles
sont.

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Construire l'avenir |
Une première considération qui me semble inéluctable est que les besoins
mondiaux en énergie vont continuer à croître énormément. Cela résulte
d'abord de l'augmentation sans précédent de la population de la planète,
qui constitue le phénomène le plus remarquable des cent ans passés.
Du fait de cette croissance et de l'élévation du niveau de vie, la
demande mondiale en énergie a augmenté à un rythme encore beaucoup
plus rapide Au cours du vingtième siècle elle a été multipliée par
un facteur voisin de huit (voir figure ci-dessous).
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Consommation mondiale
annuelle d'énergie primaire
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Le fait sur lequel je tiens à insister tout spécialement est l'extrême
disparité des consommations énergétiques selon les zônes géographiques.
Si vous deviez vous souvenir d'une seule des figures que je vous montre,
c'est celle-ci que je vous recommande de garder en mémoire.
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Consommation d'énergie
primaire et d'électricité
par tête en différentes parties du monde
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Comment imaginer que notre petite planète puisse vivre en harmonie
et en paix aussi longtemps que des écarts aussi choquants existeront
entre nations, en ce qui concerne la satisfaction des besoins élémentaires
que sont l'alimentation, l'eau potable, le logement, les soins médicaux,
l'éducation, etc.
La mise à disposition à brève échéance de considérables quantités
d'énergie aux pays en voie de développement, où se trouve l'essentiel
de la population mondiale, est d'abord une condition essentielle de
leur bien-être, de l'élévation de leur niveau de vie, mais c'est aussi
une contribution indispensable à la paix du monde.
La conclusion de ce qui précède me semble s'imposer. Sauf catastrophe
majeure à l'échelle de la planète, telle qu'une guerre mondiale ou
une épidémie dévastatrice, l'hypothèse la plus plausible est que d'ici
le milieu de ce siècle la consommation énergétique mondiale aura au
moins doublé.
Utiliser toutes les énergies disponibles
Mon deuxième point est que, pour faire face à des besoins aussi énormes,
il ne sera pas de trop de recourir à toutes les énergies disponibles,
à partir du moment où elles sont suffisamment économiques, sûres et
propres. A mes yeux elles sont beaucoup plus complémentaires que concurrentes,
et il ne convient pas de les opposer les unes aux autres. Chacune
a ses avantages et ses inconvénients et peut se trouver la mieux adaptée
en fonction des circonstances locales.
En tout cas il est complètement déraisonnable, irresponsable et démagogique
de jeter l'anathème sur l'une d'elle, à savoir le nucléaire, en s'appuyant
sur des dogmes a priori qui ne résistent pas à une analyse sérieuse
et honnête, et en ignorant ou en feignant d'ignorer que son abandon
entraînerait des conséquences dont on refuse de prendre la mesure.
Pour assurer leur décollage économique, c'est dans les combustibles
fossiles que les pays en voie de développement trouveront la source
d'énergie la plus abondante et la mieux à leur portée. Limitons-nous
aux deux géants que sont la Chine et l'Inde, qui représentent dès
maintenant à eux deux près de la moitié de la population mondiale.
Ils disposent l'un et l'autre de vastes gisements de charbon, et c'est
là qu'ils trouveront l'essentiel des ressources énergétiques indispensables
à la satisfaction de leurs immenses besoins.
Ne serait-ce que de leur fait, l'augmentation des émissions de gaz
à effet de serre va aller en s'accélérant à l'échelle mondiale. Mais
ils n'ont guère le choix, et il est illusoire de croire que le souci
de protéger l'environnement pourrait les retenir de puiser largement
dans leurs réserves charbonnières. Les pays développés, qui sont largement
les principaux émetteurs de CO2, seraient mal venus de leur en faire
le grief. Le refus actuel des Etats-Unis de ratifier le protocole
de Kyoto, au motif que les conséquences climatiques de ces émissions
ne sont pas certaines, ne peut que leur ôter le moindre scrupule,
à supposer qu'ils en aient.
Dans ces conditions, quelle peut-être l'issue du problème posé par
une augmentation massive des émissions de gaz à effet de serre, s'il
apparaît vraiment qu'il prend des proportions insoutenables? Les pays
déjà industrialisés, et l'Europe pour commencer, se trouveront alors
confrontés à des réalités qui mettront directement en jeu leurs responsablilités.
Mon opinion est qu'ils seraient bien inspirés de laisser aux pays
en voie de développement un accès préférentiel aux combustibles fossiles,
dont les ressources sont loin d'être illimitées, et de recourir au
maximum pour eux-mêmes à l'énergie nucléaire, qu'ils sont capables
mieux que quiconque d'exploiter.
Ces propos n'ont rien d'original. Ce fut très exactement le message
solennel délivré par le Président François Mitterrand dans son allocution
à la séance inaugurale du Conseil Mondial de l'Energie qui se tint
à Cannes en septembre 1986. Sans écho jusqu'ici. Cette orientation,
qui porterait la marque d'une véritable solidarité à l'éhelle planétaire,
prévaudra-t-elle demain? Rien n'est moins sûr, tant les égoïsmes nationaux
sont puissants.
Pour une reprise des programmes nucléaires
Tant sur la scène française qu'européenne, j'espère que la sagesse
l'emportera. J'ai confiance dans le bon sens de mes concitoyens, pourtant
soumis en permanence à une propagande antinucléaire tout à fait mensongère.
Je ne suis pas éloigné de penser que l'opinion publique est au fond
moins hostile au nucléaire - comme d'ailleurs à la construction européenne
- que ne le croient beaucoup d'hommes politiques. Il est fort probable
que les dures réalités de l'économie et de l'environnement s'imposeront
bientôt à tous avec une telle force qu'une prise de conscience générale
des problémes posés et des solutions possibles bouleversera et renversera
les tendances antinucléaires actuelles.
Après vingt-cinq ans d'immobilisme, une reprise de commandes de centrales
nucléaires aux Etats-Unis est maintenant entrée dans l'ordre des choses
possibles, et il n'est pas exclu qu'elle se produise à une échéance
de quelques années. En ce cas, tout laisse penser qu'il ne s'agira
pas d'un phénomène ponctuel, mais qu'on assistera à un mouvement ample
et durable.
Un redémarrage du nucléaire outre-Atlantique ne manquerait pas d'avoir
un large écho dans de nombreux pays européens, notamment chez certains
que l'on peut cataloguer aujourd'hui parmi les plus opposés au nucléaire.
Pour une série de raisons structurelles, d'ordre économique, industriel,
réglementaire, etc* il est à penser qu'une reprise des programmes
nucléaires en Europe se fera dans un cadre beaucoup plus européen
que ce ne fut le cas précédemment. Cette situation ne pourra que contribuer
à faciliter et à hâter le processus conduisant à une véritable et
nécessaire politique de l'énergie au niveau de l'Union Européenne.
Ce texte est extrait de la Revue Générale Nucléaire N°1/2002
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