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Dans un article publié par le journal Le Monde, Hubert Reeves
développe les raisons qui lui semblent justifier un abandon progressif
du recours à l'énergie nucléaire. Il me paraît intéressant de revenir
sur ces arguments.
Tout d'abord : le nucléaire n'intéresserait que la France et le
Japon, deux pays à organisation centralisée. Des pays plus " avancés
", l'Autriche depuis longtemps, l'Allemagne et la Belgique maintenant
auraient compris qu'il fallait mettre un terme à cette erreur stratégique.
Mais quid des pays dont les besoins en énergie croissent fortement
tels que la Corée, la Chine, l'Inde, la Russie, les Etats-Unis,
l'Amérique du Sud, qui tous s'expriment aujourd'hui, plus ou moins
fortement, en faveur de l'énergie nucléaire ? Comment satisfaire
les immenses besoins en énergie des pays en développement rapide
? Certes on peut accélérer encore un peu la consommation frénétique
des maigres ressources fossiles de la terre ; il n'a fallu que quelques
millions d'années pour les constituer ; nos petits enfants n'en
auront quasiment plus ; mais… après nous le déluge ! Pourtant, le
développement durable ne suppose-t-il pas une préservation des ressources
naturelles pour les besoins des générations futures ? Pour cela,
un mix énergétique faisant une large place au nucléaire et aux énergies
renouvelables sera à terme indispensable.
Que les pays riches conservent un large éventail de choix et se
permettent de parler d'économies comme solution d'avenir ou d'investir
lourdement dans le développement de moyens d'utilisation des énergies
renouvelables, c'est normal. Cela ne résout en rien le problème
des pays à très grande population qui aspirent à un minimum vital.
Il est tout aussi difficile d'oublier les conséquences climatiques
de l'accroissement des rejets de CO2. Pour revenir en Europe, l'exemple
de la Suède est intéressant. Ce pays a choisi le retrait du nucléaire
programmé il y a vingt ans et envisage maintenant de repousser la
mise en application de cette décision. Pourquoi ? Parce qu'aucune
solution de remplacement crédible au plan économique n'est apparue
et que l'arrêt de centrales nucléaires se traduirait immédiatement
par un accroissement de la production danoise à base de charbon
polluant.

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"Les grands pays dont les besoins en énergie
croissent fortement
s'expriment tous aujourd'hui en faveur du nucléaire."
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Ensuite, les risques de pénurie en uranium. Un physicien comme Hubert
Reeves ne peut ignorer que l'uranium est un des constituants fondamentaux
de la terre et que, contrairement aux combustibles fossiles, il y
en a partout dans la croûte terrestre, certes à des concentrations
variées mais même l'eau des océans en contient des quantités non négligeables.
D'ailleurs, un laboratoire japonais a étudié récemment les conditions
pratiques de récupération de l'uranium des océans, concluant que cela
coûterait environ dix fois plus cher que l'extraction minière actuelle.
Cela ne ferait même pas doubler le coût du kWh nucléaire. Sans aller
jusque là, la mise en œuvre de réacteurs à neutrons rapides, consommant
la quasi-totalité de l'uranium et non 1% environ comme les réacteurs
actuels, nous assurerait plusieurs siècles d'approvisionnement uniquement
avec les réserves à bon marché qui sont prises en compte aujourd'hui.
Autre argument fréquemment utilisé par les opposants au nucléaire
: Cette source d'énergie n'intervient que peu dans la satisfaction
actuelle des besoins pour les transports (à l'exception des chemins
de fer), donc elle n'a pas d'avenir. Mais d'une part, ne faut-il
pas justement réserver les ressources en énergie fossiles aux usages
pour lesquels elles ne sont pas substituables ? Et d'autre part
quelle est la part des éoliennes ou du solaire dans les transports
? zéro, zéro, donc les renouvelables n'ont aucun avenir ? Enfin,
il faut rappeler qu'à terme, le nucléaire pourrait contribuer plus
largement aux transports par la production d'hydrogène.
Alors, bien sûr, il y a les déchets ; et puis le coût des démantèlements.
Là encore, il faut rétablir la réalité de certains faits : Les déchets
de haute activité et de longue vie, qui résultent directement de
la production d'énergie et qui sont à l'origine d'un véritable débat
de société, ne représentent que 200 mètres cubes par an pour l'ensemble
de la production électrique de la France. Aujourd'hui, ces déchets,
inclus dans des verres très résistants à toute agression externe,
sont entreposés, en toute sécurité, dans un bâtiment sur le site
de La Hague. Un bâtiment pour tous les déchets de haute activité
résultant de plus de vingt ans de production électrique en France
! On aimerait que tous les déchets toxiques soient déjà maîtrisés
dans des conditions similaires. Pour la suite, la loi Bataille a
entraîné la mise en place d 'importants programmes de recherche
qui auront abouti en 2006 et dont les résultats permettront au Parlement
de se prononcer entre les différentes solutions.

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"On aimerait que
tous les déchets toxiques soient maîtrisés dans les mêmes
conditions que le sont aujourd'hui les déchets nucléaires."
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A côté de ces déchets de haute activité et de longue vie, il y
a des quantités plus importantes de déchets radioactifs de plus
faible activité ou de courte vie, une part d'entre eux d'ailleurs,
venant d'autres domaines que la production d'énergie, médical, industriel
ou autre. Des solutions techniques pour gérer ces déchets de façon
sûre existent. Certaines sont déjà mises en œuvre au plan industriel,
comme à Soulaines dans l'Aube, pour les autres, il appartiendra
aux décideurs politiques ou économiques de faire les choix qui leur
paraîtront opportuns en 2006, sur la base des résultats des recherches
en cours.
Le démantèlement est effectivement coûteux, mais il est intégré
dans le prix de l'électricité. Il faut tout de même se réjouir que
l'industrie nucléaire ait fait le choix de ne pas laisser de friches
industrielles. Il faut ainsi préciser aux lecteurs, par ailleurs
consommateurs, qu'ils contribuent, en payant leur facture d'électricité
à la constitution de provisions qui, le jour venu, couvriront la
totalité des coûts de démantèlement.
Le nucléaire serait plus coûteux que toutes les autres sources
de production d'électricité ? Comment expliquer dans ce cas que
le kWh en France soit parmi les moins chers d'Europe ? A ce compte,
EDF devrait déjà être en faillite ! Plus sérieusement, il suffit
de prendre connaissance des études du Ministère de l'Industrie sur
les coûts comparés des différentes sources d'énergie ou du rapport
de MM. Charpin, Dessus, Pellat, commandé par le Premier Ministre
et qui fait le bilan de l'ensemble des coûts des différentes filières.
Ces études montrent qu'en base le kWh nucléaire reste le moins coûteux,
son seul concurrent étant le gaz avec des centrales à cycle combiné
à condition que les cours du gaz naturel soient au plus bas, ce
qui n'est plus le cas maintenant depuis deux ans. Il faut rappeler
que les prix du gaz, comme ceux du pétrole, sont soumis aux aléas
de la géopolitique ! Des études similaires aux Etats-Unis ont conclu
que depuis 1999 le nucléaire produisait le courant le plus économique,
dépassant désormais son concurrent le charbon, traditionnellement
en tête de la compétition dans ce pays. C'est ainsi que des demandes
d'autorisation de construction de centrales ont été déposées aux
Etats-Unis par des électriciens auprès de la NRC, ce qui traduit
la viabilité économique de cette filière.
Ceci étant, Hubert Reeves a raison de souligner le caractère avant
tout psychologique de l'opposition au nucléaire. Tchernobyl y est
certainement pour une part ; l'absence de perception sensorielle
expliquant aussi une relation difficile entre l'homme et la radioactivité.
Mais que faire face à l 'accroissement inéluctable des besoins
en énergie de l'humanité ?
Développer les énergies renouvelables ? Oui, sans hésitation, mais
sans tromper nos concitoyens sur les perspectives réalistes. Les
problèmes économiques qui n'ont pas été surmontés en cinquante ans
et qui tiennent pour l'essentiel au caractère dilué et irrégulier
de ces sources d'énergie (le courant éolien coûte trois à quatre
fois plus cher que le nucléaire ; le solaire dix fois plus cher)
ne seront pas résolus par miracle du jour au lendemain.

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"Un
mix énergétique, faisant une large place au nucléaire et aux
énergies renouvelables sera indispensable."
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Faire des économies ? Oui, sans hésitation, mais cela ne peut concerner
que les pays riches dont la part dans les besoins globaux ira de toute
façon en décroissant.
La Fusion thermonucléaire ? Elle reste un espoir, mais certainement
pas pour contribuer dans les toutes prochaines décennies.
Consommer encore plus de gaz ? Les combustibles fossiles représentent
déjà 87% de l'énergie primaire mise en œuvre aujourd'hui, dont près
de 60% pour les hydrocarbures. On parle beaucoup de mix énergétique.
La part des hydrocarbures, pétrole et gaz, doit absolument être
réduite, pour limiter les rejets en CO2 et éviter d'accroître les
tensions géopolitiques liées à la localisation des ressources.
Alors, cessons les querelles inutiles ; tous les moyens doivent
être mis en œuvre pour satisfaire un développement durable tout
en préservant l'environnement. L'énergie nucléaire a sa place, probablement
pour une part très supérieure à sa place actuelle sur le plan mondial.
Il faut continuer d'en améliorer tous les aspects, économie, sûreté,
conséquences environnementales, comme pour les autres sources d'énergie
et les équipes qui, partout dans le monde, préparent le futur n'ont
qu'une ambition, mettre à disposition des prochaines générations
une source d'énergie encore plus économique, propre, fiable et pérenne.
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