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LA PRODUCTION D'ÉLECTRICITÉ
À PARTIR DE SOURCES RENOUVELABLES
par Jean Louis BAL |
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Nous ne considérerons ici que la production
d'électricité puisque l'objectif est de comparer les énergies renouvelables
et l'énergie nucléaire. La production de chaleur reste bien entendu
une application très importante des énergies renouvelables (solaire,
bois, géothermie). Sont considérées comme énergies renouvelables toutes
les énergies issues du soleil directement (énergie solaire) ou indirectement
(énergies éolienne, hydraulique et biomasse), l'énergie issue du magma
terrestre (géothermie) ou de l'attraction lunaire (énergies des marées).
On retiendra ici la géothermie, la bioélectricité, l'hydroélectricité,
l'énergie éolienne, la conversion thermodynamique de l'énergie solaire
et la conversion photovoltaïque de l'énergie solaire. D'autres technologies
sont envisageables dans l'avenir telles que l'exploitation de l'énergie
des vagues ou des courants marins. Elles recèlent un potentiel considérable
mais leur état de développement ne permet pas aujourd'hui de cerner
de façon réaliste leur économie future. L'énergie marémotrice, quant
à elle, malgré un potentiel et la réussite de l'installation de la
Rance (240 MWe), semble avoir de trop grands impacts environnementaux
pour pouvoir être développée.

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Production d'électricité
à partir d'un système géothermal
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Elle est possible à partir de gisements à haute température (> 150°C)
ou à moyenne température (90 à 150°C). Dans ce dernier cas, on a recours
à un cycle à fluide binaire (Rankine). Pour la haute température,
suivant le caractère corrosif ou non-corrosif du fluide géothermal,
on utilise un cycle indirect ou direct avec une turbine à vapeur.
Les coûts du kWhe produit sont de l'ordre de 0,03 Euro pour la haute
température et de 0,06 Euro pour la moyenne température. La puissance
installée dans le monde est passée de 5.831 MWe en 1990 à 7.171 MWe
en 1996 et 8.340 MW en 1998. La prévision pour 2000 est de 11.000
MWe. La production d'électriité était de 40 TWh en 1998. Les ressources
à haute et moyenne température se trouvent dans des régions volcaniques
ou de magmatisme récent.


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Bioélectricité
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Il y a de multiples façons de produire de l'électricité à partir de
la biomasse :
- Combustion directe : - eau chaude/vapeur = cogénération ou électricité
via une turbine,
- Gazéification : turbine ou moteur,
- Pyrolyse : turbine ou moteur,
- Digestion anaérobique : gaz méthane pour turbine ou moteur.
On peut également imaginer d'utiliser des biocarburants (éthanol,
diester) pour produire de l'électricité mais leur utilisation optimale
est celle d'additif dans les carburants automobiles. Les coûts de
production du kWhe sont de l'ordre de 0,11 Euro sur base d'un coût
de combustible de 50 Euro par tonne sèche. Ils sont évidemment très
dépendants du coût du combustible. Dans certains cas, ce combustible
peut être considéré comme un déchet fatal à éliminer. Son coût est
alors nul. Cela explique les prix beaucoup plus faibles obtenus dans
le cadre d'appels à propositions (U.K. - NFFO : Non Fossil Fuel Obligation).
Lors du NFFO 5, le prix moyen pour la production d'électricité à partir
de gaz de décharge était de 2,73 p/kWh soit 0,04 Euro/kWh. La puissance
installée dans le monde n'est pas recensée. Il faut cependant mentionner
8.000 MW installés aux USA et 180 MW en France (trois usines bagasse
dans les DOM).

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La petite hydroélectricité
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Rappelons d'abord que l'énergie hydraulique est de loin l'énergie
renouvelable la plus mature et la plus développée : 630.000 MW dans
le monde, 2.200 TWh/an, 20 % de la production d'électricité mondiale.
Cela correspond à environ 10 % du potentiel techniquement et économiquement
exploitable. De façon générale, et bien qu'il n'y ait pas de consensus,
ce que l'on appelle petite hydroélectricité, ce sont les centrales
inférieures à 10 MW et sans grande retenue (" au fil de la rivière
"). La petite hydraulique comptait, en 1997, 9.705MW installés en
Europe dont 2.004 MW en France, et son potentiel de développement
au niveau mondial est estimé à l'horizon 2020 entre 50.000 (Business
as usual) et 70.000 MW au niveau mondial (accelerated development).
Sur base de 20 ans d'amortissements, 6 % de taux d'intérêt, le coût
moyen du kWhe est de 0,04 Euro. L'obstacle principal à la petite hydraulique
est l'application de la réglementation environnementale.


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L'énergie éolienne
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C'est la filière EnR qui se développe le plus rapidement aujourd'hui
en termes de puissance installée : 2.278 MW en 1992, 7.636 MW en fin
1997 et 9.615 MW en fin 1998. La production d'électricité éolienne
était en 1997 de 15,3 TWh soit 0,11 % de la production mondiale. Le
coût estimé du kWhe sur base d'une vitesse de vent = 7,5 m/s à 40
m de haut, un investissement de 900 Euro/kW amortis sur 15 ans à 8
% de taux d'intérêt est de 0,045 Euro. Le dernier appel à propositions
NFF05 a retenu 790 MW de projets pour un prix moyen de 0,04 Euro/kWh.
La taille moyenne des projets retenus est de 24 MW. Le prix le plus
bas est de 0,034 Euro/kWh.

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La conversion
thermodynamique de l'énergie solaire
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Trois types de technologies développées ou en cours de développement
:
- Capteurs cylindro-paraboliques avec récepteur-tuyau (collecteurs
distribués),
- Héliostats concentrant le rayonnement sur une chaudière centralisée
(tour),
- Disque parabolique concentrant le rayonnement sur un récepteur couplé
à un moteur Stirling ou une turbine.
La première technologie est bien connue par les 354 MW installés en
Californie avant 1985. De nombreux projets sont régulièrement annoncés
(Maroc, Inde, Crête, …) mais sans concrétisation. La technologie des
centrales à tour fait l'objet de diverses expérimentations et évaluations
sur la Plata-forma d'Almeria (Espagne) et d'une opération pilote à
Barstow (USA) de 10 MWe fonctionnant avec de la vapeur comme fluide
de transfert (Solar One) jusqu'en 1988 et modifiée pour fonctionner
avec des sels fondus (Solar Two). Les coûts estimés du kWhe sont aujourd'hui
de 0,15 - 0,20 Euro pour un ensoleillement direct de 1.750 kWh/m2an,
dans le cas de la technologie des capteurs cylindro-paraboliques avec
collecteurs distribués. Le handicap du solaire thermodynamique est
de ne pas disposer de niches de marchés à coloniser progressivement
afin de pouvoir diminuer les coûts.


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La conversion
photovoltaïque de l'énergie solaire
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L'effet photovoltaïque permet de convertir directement de la lumière
en électricité grâce à des matériaux semi-conducteurs, principalement
le silicium actuellement. Les applications de l'électricité photovoltaïque
peuvent être :
- les systèmes de production autonomes hors réseau électrique, le
plus souvent avec batteries d'accumulateurs,
- les systèmes connectés au réseau de transport et distribution d'électricité
envoyant sur le réseau l'excédent d'électricité non consommé localement.
Pour les systèmes autonomes, le coût de l'énergie est très variable
suivant les configurations et les localisations. Il est supérieur
à 1,5 euro/kWh. Cela paraît cher mais il faut comparer la solution
photovoltaïque aux solutions alternatives qui peuvent être l'extension
du réseau, le groupe électrogène, les piles ou le gaz et le pétrole
dans le cas de l'éclairage et du froid. Pour les installations connectées
au réseau, le coût de l'énergie produite peut varier suivant les localisations
de 0,25 euro/kWh (Europe du sud) à 0,9 euro/kWh. Ce coût de l'énergie
est basé sur les coûts constatés récents dans l'Union Européenne qui
sont de l'ordre de 7000 euros/kWc installés.
La filière photovoltaïque est donc aujourd'hui l'une des plus chères
mais c'est aussi celle dont le potentiel de développement est le plus
élevé. Le 5ème Programme Cadre de Recherche et Développement de la
Commission Européenne prévoit un coût de 1.000 euros/kWc installés
en 2010, soit une diminution d'un facteur 7. Le marché mondial est
passé de 3 MW en 1980 à 114 MW en 1997, 135 MW en 1998 et devrait
être de l'ordre de 160 à 170 MW en 1999 .


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Les perspectives
de développement de l'électricité EnR en Europe
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Dans son Libre Blanc sur les EnR du 26 novembre 1997, la Commission
Européenne fixe à la stratégie communautaire l'objectif de passer
la contribution des EnR au bilan énergétique européen de 5,3 % hors
grande hydraulique (1995) à 12 % en 2010. Dans le secteur de la production
d'électricité, les filières qui apporteraient la contribution la plus
importante seraient l'éolien qui passerait de 4 TWh/an à 80 TWh/an,
la bioélectricité de 22,5 TWh/an à 230 TWh/an et la petite hydroélectricité
qui passerait de 37 à 55 TWh/an. Dans un marché européen de l'électricité
en profonde mutation, les filières EnR, qui ne sont pas encore totalement
compétitives en l'absence de prise en compte de leurs avantages environnementaux,
devront être protégées et c'est dans cet esprit que la Commission
Européenne prépare une directive concernant les EnR.
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Prise d'eau de la microcentrale
de Haut-Bananier en Guadeloupe.
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Éolienne de Widehem (juin
1999).
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Ce texte est extrait de la Revue Générale Nucléaire N°1/2000
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