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Trois orateurs du Département
de Recherches sur la Fusion Contrôlée du CEA/Cadarache,
MM. Bernard Saoutic, Pascal Garin et André Grosman, ont présenté,
devant une assistance particulièrement nombreuse, les enjeux
de la fusion thermonucléaire et le projet ITER : International
Thermonuclear Experimental Reactor.
Ce réacteur devrait permettre de franchir une étape
importante dans la maîtrise de l ‘énergie de
fusion nucléaire. Rappelons que la réaction de fusion
envisagée, libérant 17 MeV d’énergie,
est « deutérium plus tritium donne hélium 4
plus neutron ». Le deutérium est un nucléide
naturel, abondant, notamment dans l’eau des océans.
Le tritium, radioactif, est obtenu à partir du lithium par
la réaction « lithium plus neutron donne tritium plus
hélium 4 ». À l’équilibre (en supposant
que le neutron de la réaction de fusion est utilisé
pour régénérer le tritium consommé,
on constate que les deux réactifs sont le deutérium
et le lithium ; ce dernier, quoique moins abondant que le deutérium,
pourrait couvrir les besoins en énergie de l’humanité
pendant des dizaines de millénaires au moins.
Dans un contexte où les sources d’énergie traditionnelles
s’épuisent, l’énergie de la fusion thermonucléaire
présente des atouts indéniables. Outre donc le fait
que les réactifs sont abondants, c’est une source qui,
certes, donne des produits radioactifs mais seulement dans le site
de la centrale et sans radionucléides alpha de longues périodes,
qui présente une sûreté intrinsèque (pas
de risque d’emballement de la réaction, puisque seuls
trois grammes de réactifs se trouvent dans la machine) et
qui ne produit pas de gaz à effet de serre.
Plusieurs procédés sont envisageables pour provoquer
les réactions de fusion. Le plus avancé, et celui
qui sera mis en œuvre dans ITER, est la « fusion magnétique
» dans une chambre ayant la forme d’un tore. La performance
d’une telle machine se caractérise par son facteur
Q, rapport entre la puissance fournie par les réactions de
fusion à la puissance injectée dans le plasma pour
le chauffer (ce facteur néglige l’énergie consommée
pour réaliser les champs magnétiques). La limite Q=1
est appelée « breakeven » ; à Q=5, la
machine est autonome (la puissance des particules alpha, un cinquième
de la puissance dégagée par la fusion, permet le chauffage)
; une machine industrielle devrait viser Q=30 à 50 (une valeur
infinie, correspondant à l’ « ignition »,
n’est pas nécessaire). Le record actuel, obtenu au
JET, est Q=0,66 ; pour ITER, une valeur de 10 environ est visée.
Si on préfère raisonner en termes de puissance, les
ordres de grandeur sont les suivants : ITER : 0,5 GWth ; machine
de démonstration (envisagée vers 2030) : 2 GWth ;
machine prototype (vers 2050) : 1,5 GWé, soit 4 ou 5 GWth.
La machine ITER ne produira pas d’électricité.
Ses principaux objectifs sont les suivants : établir les
paramètres opérationnels des machines futures ; qualifier
les technologies ; démontrer la sûreté ; étudier
les modules tritigènes (sans rechercher une régénération
complète du tritium).
Son coût sera de l’ordre de 5 milliards d’euros
pour la construction et autant pour le fonctionnement pendant une
vingtaine d’années.
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