|
La fusion (l'énergie des étoiles) est
l'énergie libérée par des réactions thermonucléaires où l'on cherche
rassembler (fusionner) de petits noyaux atomiques de façon à accroître
l'énergie de liaison et donc à libérer de l'énergie. Plusieurs
réactions sont envisageables ; la seule aujourd'hui étudiée est
la réaction :
Deutérium + Tritium Hélium
+ Neutron
Le deutérium est un isotope naturel de l'hydrogène et le tritium
un isotope artificiel et radioactif qui peut être obtenu par irradiation
du lithium par des neutrons.
Cette conférence a été animée par quatre chercheurs du Département
de Recherche sur la Fusion contrôlée du CEA/Cadarache : Jean Johner
a organisé la matinée, l'a introduite, puis conclue ; Bernard Saoutic,
Chef du Service Chauffage et Confinement des Plasmas, a fait le
point sur les développements en physique ; Didier Van Houtte, Chef
du Service Tokomak Exploitation et Pilotage, a fait le point sur
les développements en technologie ; Pascal Garin ; Chef du projet
des études européennes de site pour ITER à Cadarache, a présenté
l'état de ce projet.
Ces conférenciers, spécialistes au cœur des problèmes de la fusion,
surent présenter de façon très didactique et accessible ces problèmes
extrêmement complexes de physique et de technologie.
Nous ne tenterons pas ici de résumer en quelques lignes ces propos,
mais nous limiterons à quelques points particulièrement frappants
:
- Il est possible de construire une machine à fission
de quelques watts, puis petit à petit de mettre au point des machines
plus puissantes ; pour la fusion cela n'est pas possible : pour
satisfaire le critère de Lawson (une valeur minimale du produit
de la densité volumique des ions par la température et par la durée
de confinement) pour atteindre le " breakeven " (puissance produite
par la fusion égale à la puissance injectée) et, a fortiori, l'ignition,
seule une machine de très grande taille et de grande puissance (typiquement
un ou quelques mégawatts) est envisageable. En effet, dans une petite
machine, les pertes ne pourraient pas être compensées par la production
d'énergie.
- Dans la fusion par confinement magnétique (seule traitée
dans cette conférence), le plasma est placé dans une chambre en
forme de tore et maintenu par deux champs magnétiques, le champ
toroïdal créé par des bobines entourant le tore et le champ poloïdal
créé par le courant circulant dans le plasma. Le chauffage ohmique
dû à ce courant est insuffisant car la résistivité décroît à haute
température ; la très haute température nécessaire pour que les
réactions de fusion soient significatives (plusieurs dizaines de
millions de degrés !) est obtenue par injection de neutres et/ou
interaction onde-plasma.
- La physique du plasma est extrêmement complexe et pas
encore totalement comprise (par exemple, les phénomènes de transport
non diffusifs, très rapides). Une modélisation numérique complète,
même avec les puissants ordinateurs d'aujourd'hui, n'est pas envisageable
; seuls des modèles à une dimension et des " lois d'échelle " permettant
d'extrapoler les résultats expérimentaux vers des configurations
de plus grande taille sont disponibles.
- Les problèmes technologiques qu'il a fallu résoudre
dans les installations expérimentales et, à plus forte raison, ceux
qu'il faudra résoudre dans une machine industrielle représentent
un formidable défi. Rappelons par exemple, que quelques décimètres
seulement séparent le plasma à très haute température et les bobines
supraconductrices refroidies à quelques degrés absolus seulement
par l'hélium liquide ! Les matériaux de couverture (la paroi du
tore) seront soumis à des flux d'énergie gigantesques, puisqu'ils
devront évacuer l'énergie de la réaction ; à plus long terme, on
leur demandera, en outre, d'assurer la régénération du tritium grâce
à des réactions neutroniques. Parmi bien d'autres, citons aussi
le problème du divertor dont le rôle est l'élimination des impuretés
s'accumulant dans le plasma.
- Le projet ITER réunit les principaux pays impliqués
dans des recherches sur la fusion contrôlée : Europe, Japon, Fédération
de Russie, Etats-Unis et Canada. Son objectif est de construire
une machine permettant, à une échelle significative, d'étudier et
de régler les principaux problèmes technologiques avant une machine
prototype proprement dite. La premier projet ITER, assez ambitieux,
a été fortement réduit à la baisse pour des raisons essentiellement
budgétaires (les Etats-Unis, qui se sont retirés du projet semblent
vouloir y revenir). Les principales étapes de conception et de projet
ont été menées à bien ; la construction est envisagée sur la période
2005-2015. Aujourd'hui la décision la plus urgente à prendre - décision
de nature essentiellement politique - est le choix du site où sera
implanté ITER. La proposition française d'une implantation à Cadarache
présente de nombreux atouts (bon environnement scientifique et industriel,
alimentation en électricité et en eau, bonne accessibilité, sismicité
peu importante…) mais n'est pas la seule. Une décision est attendue
à la fin de l'année 2002.

|
|