11.28.2017

Le digital, facteur de compétitivité et d’agilité pour l’industrie nucléaire

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Par Tristan Hurel (SFEN)

La troisième filière industrielle opère actuellement une transformation en profondeur pour gagner en agilité et en compétitivité. A l’occasion des Rendez-vous du pôle de compétitivité Nuclear Valley, les acteurs du secteur ont pu faire le point sur ce chantier crucial.

Gagner en compétitivité

A l'occasion d'une table ronde, Khaled Draz, PDG de CS, société spécialisée dans l’intégration et la mise en œuvre des outils numériques, a rappelé que « dans le monde moderne, aucune avancée significative n’a eu lieu sans la technologie de l’information. » Mettant en avant les « miracles » accomplis par Tesla avec la conception numérique de ces voitures, il constate que le nucléaire a perdu du terrain sur ces questions. L’industrie aéronautique et automobile, notamment, on accompli leur transformation il y a plusieurs années et y ont trouvé d'importants relais de compétitivité. La filière nucléaire peut donc s'appuyer sur des solutions éprouvées ailleurs pour améliorer ses process, d'autant que le secteur en a encore sous le pied.

De fait, la transformation digitale est pleinement inscrite dans la stratégie des industriels du secteur.

Présent à l'évènement, AREVA NP a partagé sa stratégie, articulée en trois phases. D’abord, se doter des moyens pour permettre la transformation digitale, avec des objets et des réseaux opérationnels pour le déploiement d’application supportant le digital. Dans son établissement de Lyon, l’entreprise teste ainsi plusieurs outils, dont des lunettes de réalité augmentée HoloLens, avec l’idée de pouvoir familiariser ses salariés à la manipulation de certains équipements pour avoir le geste sûr au premier coup. Ensuite, optimiser des business et process existants pour pouvoir mettre en œuvre ces idées. Enfin, créer de nouveaux business et process : l’un des objectifs est de simplifier les processus, notamment en évitant le recours au papier. Cette « usine sans papier », qui évitera de long et laborieux transferts d’informations, s’intègre aussi dans le Product Lifecycle Management (PLM), organisation dans laquelle toutes les données d’un produit, de la formulation de son cahier des charges jusqu’à sa fin de vie sont gérées sous format numérique et partagées, à des degrés divers, entre les acteurs impliqués.

 

L'exemple des jumeaux numériques
L’industrie nucléaire parie sur les jumeaux numériques pour gagner en compétitivité sur le nouveau modèle de réacteur qui remplacera le parc actuel à partir de 2030. Le principe, déjà appliqué dans d'autres industries, repose sur la construction d’un jumeau entièrement numérique de l’installation existante qui reçoit en temps réel les données issues de son exploitation. Une telle innovation permet notamment d’anticiper, voire de prévenir, les opérations de maintenance. Ce jumeau virtuel permet aussi de préparer et d'entraîner les professionnels avant qu'ils n'interviennent sur l'installation.
 
 

Gagner en agilité

Pour Bruno Lièvre, EDF, « la digitalisation est d’abord un changement de mode de fonctionnement qui touche aussi les modes d’organisation et de relations entre les différents acteurs d’un projet nucléaire : donneurs d’ordres, fournisseur de rang 1 et 2, etc. » En fluidifiant les échanges, les acteurs gagnent en agilité et donc en rapidité. « Cette digitalisation, précise-t-il, apportera de la compétitivité et de l’agilité car elle sera un puissant levier de simplification. » Un constat partagé par Baptiste Le Sueur, de l’entreprise Boccard, spécialisée dans la maintenance : « Il faut être fluide. A chaque moment il faut pouvoir échanger avec nos donneurs d’ordres et nos sous-traitants. » Un gain en agilité qui permet par exemple de réorienter rapidement des choix selon les impératifs.

Pour mener à bien cette transformation, les entreprises du secteur s’appuient sur l’expertise des start-up. Ces dernières bénéficient en effet de l’expérience de nombreux cas pratiques très différents et savent comment apporter l’innovation à l’utilisateur.

Crédit photo : GE