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Sortir du nucléaire, un non-sens industriel

- « Point de vue » paru dans La Tribune du 10 novembre 2011 -
Par Francis Sorin, Directeur du Pôle Information de la Société Française d’Energie Nucléaire -

L’abandon du nucléaire ne peut s’envisager sans dégâts économiques et sociaux. Il amplifierait le processus de désindustrialisation de la France, que chacun entend pourtant combattre. Il signerait également une perte d’indépendance et un recul stratégique.

Comme il l’a clairement indiqué, François Hollande ne reprendra pas à son compte l’objectif de « sortie du nucléaire » que ses alliés Ecologistes le somment avec insistance d’adopter. Cela parait d’autant plus exclu que, comme la plupart des responsables politiques, il s’inquiète de la désindustrialisation qui ronge l’économie française depuis plusieurs années et proclame l’urgence de stopper ce processus. Or, sortir du nucléaire reviendrait à organiser le sabordage d’un des secteurs les plus vigoureux de l’industrie française et à amplifier dangereusement le processus même que l’on prétend combattre !

Le nucléaire en France c’est 125 000 emplois directs, pour la plupart hautement qualifiés et relativement bien payés et 410 000 emplois au total en tenant compte des emplois « indirects » et « induits », soit 2% de l’emploi dans le pays (*). On peut certes admettre que le développement des énergies renouvelables, se substituant partiellement au nucléaire, sera créateur d’emplois. Mais c’est une illusion de croire que ces énergies pourront compenser les postes supprimés et offrir du travail à tous les salariés « sortis » du nucléaire : le compte n’y sera pas, ni en termes quantitatifs ni en termes de qualification et de statut. Pour une bonne partie de ces salariés les perspectives seront celles du chômage, du départ en pré-retraite ou d’une reconversion pas toujours gratifiante. C’est d’autant plus inévitable que la valeur ajoutée totale créée chaque année en France par l’industrie nucléaire est de l’ordre de 33 milliards d’euros, soit 2% du PIB : ce n’est pas impunément, sans dégâts économiques et sociaux, que l’on pourra ruiner un tel acquis, même si son détricotage est étalé sur 15 ou 20 ans.

Sortir du nucléaire ce serait du même coup dévitaliser tout un tissu industriel fait de 450 PME souvent dépositaires d’un savoir–faire irremplaçable. Parallèlement aux grands groupes comme EDF, Areva, le CEA ou GDF Suez les activités nucléaires françaises sont assurées par ces réseaux d’entreprises de moindre dimension qui ne sont pas seulement des gisements d’emplois mais qui sont aussi des défricheurs dans leur domaine de compétences. Les technologies ainsi mises au point irriguent beaucoup d’autres secteurs industriels et contribuent aux avancées en matière de robotique, de télé-manipulation, de soudage, de génie mécanique, de micro-électronique, de contrôles–non-destructifs etc... Renoncer au nucléaire serait se priver d’une force d’innovation qui profite à l’ensemble de l’économie nationale.

Le nucléaire c’est aussi un des rares secteurs de haute technologie où la France fait la course en tête sur le plan mondial. Ce leadership ouvre à notre pays, pour les vingt ans qui viennent, de considérables opportunités à l’exportation : en effet beaucoup de réacteurs arrivent à présent au terme de leur existence théorique. Ils seront, pour la plupart, soit prolongés moyennant des opérations de rénovation, soit remplacés. Dans les deux cas, le secteur nucléaire français a la capacité de proposer son offre et de décrocher d’importants contrats. Il possède avec l’EPR (1650 MWe) l’un des réacteurs les plus avancés aujourd’hui disponible sur le marché mondial et avec l’ATMEA un réacteur tout aussi innovant dans des gammes de puissance inférieure (1100 MWe). Ces capacités exportatrices doivent être d’autant plus cultivées que la vente d’un seul réacteur à l’étranger génère en France durant les phases d’études du projet et de construction, environ 1200 emplois directs et quelque 3700 au total en comptant les « indirects » et les « induits ». Dans la période actuelle, les exportations « nucléaires » rapportent au pays environ 6 milliards d’euros en moyenne chaque année. Le chiffre d’affaires futur peut s’envisager de façon encore plus optimiste. Se priver délibérément d’un tel apport (dont nul n’imagine qu’il puisse être compensé par des exportations liées aux énergies éolienne ou solaire) serait une ineptie économique, un coup sévère porté à l’industrie française stupidement amputée d’un de ses pôles les plus profitables.

La France de l’électricité expérimente depuis trente ans une situation remarquablement paradoxale : alors qu’elle est dépourvue de matières premières énergétiques, elle affiche dans le domaine électrique les trois grands atouts d’un pays abondamment pourvu en ces mêmes matières : sécurité d’approvisionnement ; coûts raisonnables ; capacités d’exportation ! C’est à l’industrie nucléaire que nous devons cette situation inespérée. Sortir du nucléaire renverrait la France à sa condition initiale de pays énergétiquement « dépourvu », obligé de s’adresser à l’extérieur -à quel prix économique et politique ? – pour fabriquer l’essentiel de son électricité. Une désindustrialisation qui s’analyserait aussi comme une perte d’indépendance et un recul stratégique. 

(*) Source : L’Electronucléaire en France, étude de la société PwC, septembre 2011

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Politiques énergétiques